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Aaron Rowe est un jeune chanteur-auteur-compositeur irlandais originaire du sud de Dublin avec un parcours marqué par la résilience et une soul-rock authentique. Il a émergé via des sessions live et pubs locaux, influencé par la soul US (Sam Cooke, Otis Redding) et le rock britannique (Oasis, Stone Roses). Solitaire dans sa manière de composer avec ses émotions, il raconte son histoire pour en livrer une dimension universelle.
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Trappe musicale
L’indépendance dans la musique, il l’a cherchée sans relâche, combattant comme dans un ring pour se forger une identité complète. Conscient de son environnement social et de l’univers sportif d’où il vient, il a mis du temps à assumer sa sensibilité. Il espère inspirer une prochaine génération dans un monde qui devient plus uniforme, d’une personnalité à l’autre : « Il y a beaucoup d’enfants qui viennent d’aspects de classe moyenne et qui s’intéressent à la musique. Et c’est certainement le cas dans l’arrière-plan d’où je viens. Beaucoup d’entre eux pourraient se dire que jouer de la musique est une faiblesse ». Son empathie sociale est présente dans le personnage réaliste qu’il nous montre, sans filtre. La précarité dans la manière de se construire, il l’a connaît et en a souffert avant d’atteindre sa liberté musicale. Expérience nécessaire, le piège de l’industrie lui a permis de renforcer sa confiance : « Avant, je n’étais qu’une trappe pour la musique. Je voulais juste faire de l’argent et je chantais des covers. J’ai enfin appris à m’éloigner. Maintenant, je me sens libre pour être moi-même et faire de l’art. Je ne savais pas comment l’approcher, au départ ». Révélé à 17 ans, devant chez lui, avec sa guitare, c’est la même image qu’il nous offre lorsqu’une personne s’approche de lui : il signifie sa passion, son feu, maître de ses actions. Vagabond dans les rues de Dublin, il a joué tous les styles, admirant de loin le monde auquel il aspirait : « J’entendais les artistes traditionnels jouer et j’admirais ces gars. J’ai essayé d’adapter ce style d’Irlande, en plus de la musique solennelle. Ça a définitivement formé ma manière de jouer. (…) J’ai joué chaque soir de la semaine depuis que j’avais 16-17 ans. C’est comme ça que j’ai toujours gagné de l’argent. Le fait que je ne suis pas vraiment bon à autre chose, cela m’a mis au feu ».
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Vivre avec elle
La peur, omniprésente dans ses chansons, telle une insécurité permanente face à l’éphémère des instants, rend la rétrospection sur sa musique illimitée. Il prend le temps de comprendre l’instantané de ces émotions, de ces accords musicaux, avant de s’octroyer le droit de les partager. Il vit avec sa musique comme un amour que l’on ne voudrait pas dévoiler, pour être sûr qu’il est transversal. « Chaque fois que j’écris une chanson, je l’aime. Le deuxième jour aussi. Je laisse le temps définir de mon affection pour elle. C’est toujours quelque chose que j’essaie de découvrir en tant qu’artiste. Voir l’aspect positif d’une chanson me prend du temps. J’ai toujours dû vivre avec ça, pendant des semaines des mois, voire des années. » En pleine contemplation de sa dévotion, il admet aussi sa fragilité face à son talent. Son morceau Hey Ma résonne tel un départ spirituel, en espérant revenir et retrouver toutes ces choses qui font d’un endroit un foyer : une photographie, un fauteuil, des meubles anciens… Quelquefois, sa musique rend les descriptions du quotidien si exactes que l’on a l’impression d’y voir des images éternelles, fixes dans un espace-temps mouvant. « Je pense que les lyriques, la chanson, la guitare, la performance, n’importe quel instrument ; je pense que tout l’art vient du même endroit. J’ai besoin de prendre le temps de les réunir ensemble. »
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Comme il souffre d’un trouble de l’attention, on lui demande si cela influence la structure de ses chansons : « C’est un peu plus chaotique. J’ai rassemblé toutes les pensées que j’ai eu dans ma vie et les aient portés avec moi, certaines tous les jours. Ce genre de trouble peut te ralentir. Passer des heures sur une chanson, c’est comme se regarder dans un miroir. Tu t’entends beaucoup plus, par l’unité de toutes ces pensées qui t’arrivent. Elles deviennent finalement cohérentes, avec du sens. La musique est un havre de paix. J’ai finalement découvert qu’en écrivant des chansons, j’essayais de comprendre mes ressentis, mon expérience ».
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L’influence territoriale
Un petit rôle dans l’histoire, c’est le souhait qu’Aaron a formuler dans ses textes, en y introduisant la même force de caractère des grands acteurs de la chanson irlandaise. Avec son propre accent et sa culture, partir était vital pour sortir d’une « prison cérébrale : Londres est ma seconde maison car elle m’a appris des choses que je ne connaissais pas sur moi. Cette ville m’a aidé à quitter une partie de ma vie dont je n’avais plus besoin pour mon développement personnel. Tu apprends quelque chose de toi-même, partout où tu vas ». En pleine recherche de soi et de tous les secrets qui ne lui sont pas encore révélés, il se voit désormais sillonner le monde pour s’en inspirer davantage. Il se veut plus mature, à la recherche des lettres des grands écrivains français ou d’autres styles venus d’Amérique. La diversité devient aujourd’hui sa nouvelle richesse. « L’information que je reçois d’être vivant, en ce lieu est viscéral. Capturer le moment où je suis vivant est le plus important, que ce soit dans les rues culturelles de Paris ou tant d’autres dans le monde. Je souhaite écrire sur tout le monde, en même temps. J’aimerais que les personnes écoutent mes chansons pour me dire qu’ils savent ce que c’est. »
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Quand on lui demande ce qu’il aurait voulu dire à une personne disparue, il répond : « Je pense que je parlerais à mon passé. Je dirais à moi-même de se détendre et d’arrêter de se battre autant. Sors des pubs, sois artiste et ne t’inquiètes pas des questions d’argent. Sois artiste car c’est la chose la plus épanouissante que tu puisses imaginer. C’est probablement ce que je lui dirais ».
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Son nouveau single John’s Song est disponible via Columbia Records.
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Texte Andréa Martins
Image de couverture Aaron Rowe
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