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En découvrant sur scène un instrument qu’on ne lui connaissait pas, on évoque le thérémine. Arthur corrige aussitôt : « Je ne sais pas si on peut appeler ça un thérémine. On va plutôt dire stylophone thérémine parce que je n’ai pas l’autre côté qui gère le volume ». Il n’en joue d’ailleurs pas en théréministe : « plus comme une sirène dub, quelque chose d’instinctif que je vais utiliser à des moments pour ponctuer ou prolonger des intentions ». Ce goût de l’instinct, de l’immédiat et de la matière brute traverse tout ce qu’il raconte.

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Le trottoir du MaMA

On lui rappelle ce concert au MaMA en 2025, au Royal Bar, qu’on avait trouvé complètement chaotique : le public était si dense qu’on ne parvenait même plus à l’apercevoir, noyé au milieu des spectateurs, et qu’on cherchait la scène, qui n’existait pas. Arthur, lui, en garde un souvenir lumineux : « J’avais adoré l’énergie et jouer à même le trottoir, c’était mon premier concert avec Dimitri, qui m’accompagnait au saxophone. Il y avait un truc très direct, une proximité avec les gens et jouer sur la rue même, ça m’avait bien parlé, il y avait une bonne énergie ».

Il en profite pour saluer ceux qui rendent ces soirées possibles : « Merci à Philippe Lebreton, et aux Bars en Trans de gérer ce genre de concert aussi à côté ». Le festival rennais se tient en parallèle des Transmusicales, et il leur doit ce genre de soirées.

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Arthur Fu Bandini @MaMA25 crédit LFC

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Un parcours à la croisée des genres

Auteur, compositeur et interprète, Arthur Fu Bandini mêle prose chantée, rock, électro et pop, quelque part entre Bashung et The Clash. Issu des collectifs Moonsters et Soleil Bleu, il mène depuis 2023 un projet solo, avec le single L’Être à vous puis les deux volets de Ça n’a jamais été mieux avant : le Vol. 1 et le Vol. 2. Ce double EP l’a conduit en finale du Prix Joséphine.

Lui préfère d’autres mots pour décrire cet objet : « C’est ni un EP ni un album pour moi. C’est un sept titres, c’est une première prise de parole ». Les deux volumes sont construits selon le même principe, « comme des entonnoirs à l’envers : on démarre dans certaines profondeurs. Le premier, plus les abysses, une introspection assez abyssale, assez sombre pour s’ouvrir vers l’autre. Et le deuxième, plus le côté un peu dystopique de notre époque et sociétal ». Dans les deux cas, il cherche « à proposer des ouvertures vers quelque chose toujours de plus solaire. J’essaie toujours de garder ça en fond ».

Pourquoi deux volumes, et pas un album d’emblée ? Il commence par plaisanter : « Je fais ce que je veux. Non, je rigole. C’est le temps qui fait qu’on construit les choses de cette manière-là. Je voulais pas me lancer sur un album pour commencer ».

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Respirer, ouvrir des fenêtres

Son dernier single, La Chambre des Merveilles, est sorti cet été. « C’est tout frais, c’est tout récent. Le prochain, on ne sait pas encore exactement quand il va sortir, mais il est en train d’infuser. Et c’est une démarche qui est venue comme ça, c’est naturellement instinctif au fil de discussions aussi avec les proches. »

Derrière cette envie, il y a un besoin : « Avoir des moments de respiration, d’ouvrir d’autres fenêtres sur des choses plus solaires. Toujours avec dans le fond l’imaginaire, se laisser les possibles et la liberté d’aller chacune et chacun vers la singularité de nos propres imaginaires, et en toile de fond, l’amour quand même, parce qu’on y revient toujours ».

Il veut garder cette liberté de rythme : sortir ces morceaux « quand je veux », et « se permettre de faire des versions plus instrumentales à chaque fois, en invitant une ou un instrumentiste, chanteuse, chanteur, au gré des rencontres ». Sa cousine ne cessait de le dire cet été, et la formule lui est restée : « Au fil de l’eau. Comme ça vient ».

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Pendant ce temps, l’essentiel avance : « Là, je commence le mix de l’album, mon premier album ». Il le fera en toute indépendance : « On veut travailler avec des partenaires, on va voir, mais c’est pareil, c’est des rencontres, c’est des visions qui doivent se compléter, se trouver au bon moment. Donc on verra, on n’est pas fermé, mais on tient une forme d’indépendance pour défendre une liberté de création et de temps aussi, d’espace-temps ».

C’est ici qu’il livre l’image qui résume sa méthode : « J’aime bien l’aspect artisanat aussi des choses. Moi je vois un peu ma façon de faire parfois comme une sculpture, parfois je vais aller taper dedans, dans le morceau, je vais prendre le temps. Reconstruire, redéconstruire. Peut-être que la sculpture sera plus petite, mais le message sera là ».

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L’atelier de L’Île-Saint-Denis

L’atelier, c’est son studio de L’Île-Saint-Denis, où il vit désormais la moitié de la semaine. « C’est là que je fais tout. Je suis bien. C’est une chance. Et puis, j’y vis la moitié de la semaine maintenant. Donc c’est vrai que le temps s’étire ».

Cette proximité change son rapport au travail : « J’ai cette chance de pouvoir, le soir, la nuit, si jamais j’ai envie ou que je sens une idée ou une envie, de rouvrir le truc, d’allumer les instruments et de jouer, de travailler, de mixer en fonction des états ». Il ajoute : « Ce sont des rapports différents. C’est une énorme chance d’avoir un espace de liberté comme ça ».

Il n’est pas allé bien loin de son quartier d’origine, entre le 17e et le 18e arrondissement : « Pas très loin de la porte de Clichy, la Jonquière. Mais moi, j’aime bien le coin, de toute façon. J’aime des repères et puis on apprend toujours à découvrir des endroits, des gens ».

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Les clips, la rue

Ces rues, il les a beaucoup parcourues, caméra en main. « C’est notamment à travers le clip. La vidéo, je faisais des clips pas mal pour les rappeurs du quartier, comme XV Barbare, District. Et donc on descendait, c’était très instinctif, on se donnait un point de rendez-vous, soit à la Jonquière, soit à la Fourche, soit sur l’allée de Saint-Ouen. »

Les journées se déroulaient toujours de la même façon : « On passait la journée à trouver des spots, des angles de vue ». Ce travail lui a appris quelque chose de durable : « C’est un autre apport aussi d’être à la rue, c’est un autre apport à l’espace. Ça apporte beaucoup de vie en fait. Et j’adore cette dynamique de vie ».

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Tarkovski, Jodorowsky, Camus

Son rapport à l’image vient aussi de l’université. Après le lycée, il a fait un an de cinéma à Paris 8 : « J’ai découvert beaucoup, beaucoup de choses. Ça m’a vraiment sensibilisé au cinéma à tel point que je pouvais regarder trois, quatre films par jour et je me faisais des filmographies. Je suis tombé à fond sur Tarkovski, Jodorowsky je l’ai vu à la fac, La Montagne sacrée ça m’a complètement frappé ».

Ce qui le touchait, c’étaient « les choses assez initiatiques. Le changement de perception, de détachement, de revenir. De changer de regard, nos points de vue, accepter d’avoir d’autres points de vue. Pour arriver au fait de jauger sans juger. De voir les choses différemment, enlever un peu les mots aux objets, aux choses. Se laisser imprégner, en fait, plus du moment ».

Le Dune de Jodorowsky ? Il n’a pas suivi le projet. Il a la bande dessinée au studio mais ne l’a pas encore ouverte, et il s’en accommode : « C’est des phases, comme des livres, on peut en avoir chez soi. Et il y a un moment en fait, on retombe dessus et souvent ça va avec ce qu’on recherche ou ce qu’on a envie d’aller creuser. Et c’est assez agréable ces rencontres-là avec les livres ».

Il cite aussi Camus : « Je n’ai pas tout lu, mais c’est son rapport à la notion de révolte. J’adore, ça donne pareil une dynamique intérieure, ça donne un mouvement en fait, qui fait qu’on a envie de se laisser étonner, de remettre en question les choses, de se laisser imprégner en même temps. Il y a une certaine puissance de vie là-dedans qui m’a parlé ». Cette direction franche et directe se retrouve dans son écriture.

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Crédit Vincent Perrin

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Les pensées de 16 à 24 ans

Il écrit depuis l’adolescence : « J’ai écrit aussi pas mal de pensées depuis mes 16 ans ». Il les a confiées à un ami proche, le dessinateur et auteur de bandes dessinées Zéphir : « J’avais un pote à moi, Zéphir, qui a sorti des BD, qui est illustrateur, dessinateur, qui écrit aussi. J’adore son travail. À l’époque on se retrouvait souvent tous les deux pour discuter ».

Ce compagnon de route a donc illustré les textes d’Arthur : « Je lui avais fait lire mes pensées. Il avait illustré ce que j’avais écrit de mes 16 à 20 ans. Après, j’ai continué de mes 20 à 24 ».

Ce recueil, imprimé en quelques exemplaires pour les proches, il n’a jamais voulu le corriger. « Il y a des défauts, mais en fait, je ne voulais rien retoucher pour suivre l’évolution d’une pensée, d’une conscience qui se cherche, qui se perd, qui se trouve. » Il n’a pas renoncé à le rééditer : « Peut-être l’éditer nous-mêmes et de le donner aussi ».

Ces phrases d’hier irriguent encore ses chansons. « Quand je me suis mis sur mon projet solo, là où j’ai senti ce besoin il y a maintenant quatre ans, parfois j’allais me replonger dedans et il y a des phrases qui sont encore là ou qui vont m’inspirer et qui vont même rejoindre des expériences ou des rencontres que j’ai faites récemment. »

C’est le cas de Vagabond, vagabonde, qui n’est pas encore sorti. Le morceau est né d’une rencontre : « On a rencontré avec Lou, ma copine, un SDF dans un bar. On a parlé pendant plus d’une heure avec lui. Il nous a raconté un peu son parcours et il nous avait dit qu’il ne créait plus de souvenirs tellement il était dans la dureté des choses. Et qui n’était jamais revenu à son endroit d’enfance. C’est un Breton. Et en fait, cette phrase, ‘je ne crée plus de souvenirs’, m’a vraiment frappé ».

Il y a ajouté une scène vécue pendant le Covid, un repas entre amis dans un appartement, « on avait de la chance », puis des cris dans la rue, « vraiment déchirant ». « J’ai lié un peu ces deux histoires, rencontres. »

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Des images qui s’opposent

Son écriture fonctionne par chocs d’images : « Je mets en rapport des choses qui sont complètement opposées. ‘Derrière des pluies de paillettes, mirage des conquêtes’. Pour moi c’est un peu ces trucs d’après combat où tu as la poussière, les éclats d’obus ou autres qui sont là, qui retombent. ‘Mirage des conquêtes ou piment des fêtes’. Ces paillettes des fêtes qui viennent sublimer un peu des moments, qui nous amènent un peu de magie. Et voilà, j’aime bien faire des oppositions, des rapports comme ça entre des choses qu’on peut voir ».

Cette force, il l’attribue à la vie elle-même : « Comme tout ce qu’on vit toutes et tous d’ailleurs. Ça fait des vagues, on n’arrive jamais à être linéaire, à moins d’être sage et d’aller se retrancher ailleurs ».

Il a conscience d’un contexte qui l’engage : « Nous, on est privilégiés. On est encore dans un pays plutôt en paix. Il y a quand même la montée du fascisme, etc., qui guette, qui est là, qui est présent. Donc il faut faire attention. Maintenant, il faut dire les choses pour l’amour, pour l’ouverture et la justice ».

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Ne pas se plier à l’algorithme

Reste la question des réseaux sociaux, sur laquelle il avoue des contradictions : « Compliqué, moi je me trouve dans des contradictions par rapport à ça. J’essaie le maximum d’éviter de répondre aux injonctions des algorithmes, de s’adapter à l’algorithme, donc changer nos formes de contenu. J’essaie toujours de partager des choses quand il se passe des choses, quand j’ai envie de faire une prise de parole et d’essayer d’être le plus naturel possible. Communiquer quand même. Parce que quand tu es émergent, quand tu es indépendant, si tu veux te faire écouter, entendre et partager avec les autres, maintenant c’est des moyens ».

Il y voit aussi une chance : « C’est aussi une chance d’avoir des moyens accessibles de communication. Mais je n’ai pas envie de me plier à l’algorithme. J’imagine toujours, si les data centers explosent, je me dis au moins je n’aurais pas passé des plombes à créer du contenu pour ça en fait ».

Sa conclusion tient en une phrase : « On fait de la musique avant tout et j’ai envie que ça reste créatif et d’être dans un rapport créatif et musical aux choses ».

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La Chambre des Merveilles #1 est disponible via Arthur Fu Bandini (autoproduit). En concert à Paris (Maroquinerie) le 12 novembre 2026.

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Texte Lionel-Fabrice Chassaing

image de couverture Dimitri Lanctuit

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