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Après trois projets musicaux et plusieurs passages remarqués au cinéma, Aloïse Sauvage revient avec LA FOUDRE, son nouvel album. Un projet de rupture, de renaissance et de retour à soi, où l’artiste transforme les chocs en énergie. 

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@Jane Ferreira

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Le sport t’a appris à tester les limites de ton corps. Aujourd’hui, quel rapport entretiens-tu avec ton propre corps ? Et comment ce rapport se traduit-il dans ta manière de créer ta musique et d’être sur scène ?

J’ai un rapport à mon corps et au corps assez important. Mon corps c’est mon outil, mon pilier. Je lui voue une grande écoute et une grande confiance. Dans LA FOUDRE, j’ai vraiment changé tout le processus créatif. J’avais besoin que ça passe par le corps. Dans le corps, il y a l’instinct, il y a le feu sacré. Pour moi, sentir mon corps bouger, c’est être en vie. Quand je bouge mon corps, quand je transpire, quand je pleure, quand je repousse mes limites et que j’ai même un peu mal, je me sens pleinement vivante. L’adrénaline que je ressens sur scène, cette explosivité qu’il y a en moi, mon côté performatif… tout cela décuple ma force vive. En général, j’ai vraiment besoin de sentir des émotions fortes. C’est aussi pour ça que j’essaie de repousser certaines limites physiques.

 

Dans Billy Boy Tornade, tu chantes : « J’crève si y’a pas de risques, Billy a fait le choix de vivre ». Quel rapport au risque as-tu aujourd’hui ?

Je suis revenue du mythe de l’artiste maudit qui serait obligé d’être triste pour écrire les meilleures chansons. Au début, je pensais que c’était une vérité, mais aujourd’hui je suis très heureuse de pouvoir écrire quand je vais bien.  En revanche, être artiste, c’est prendre des risques tous les jours : se mettre à nu, livrer ses émotions, mais aussi choisir une vie artistique instable. Aujourd’hui, comme je suis indépendante et que j’ai créé mon label, je prends aussi des risques financiers et humains. J’aime ça parce que prendre un risque, c’est ne pas savoir ce qui va se passer. C’est vertigineux, mais j’aime ne pas savoir où je serai dans six mois. Ça me permet de rêver, de fantasmer.

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LA FOUDRE est un titre assez fort, assez brutal. Qu’est-ce qui devait exploser pour que cet album puisse exister ?

Quand j’ai trouvé le titre, c’était comme une évidence. LA FOUDRE, c’est un album d’amour qui part d’une rupture, à la fois personnelle et professionnelle, puisque je suis ensuite devenue indépendante. Je me suis retrouvée vraiment seule. Cet album, c’est vraiment un album de retour à soi. La foudre, c’est ce qui te frappe brutalement. Mais au fil de l’album, cette énergie n’est plus quelque chose que je subis : je la récupère. À la fin, je considère que la foudre c’est moi. C’est moi l’électricité, c’est moi l’énergie. J’adore le fait que LA FOUDRE soit un personnage féminin. C’est un peu comme une super-héroïne.  Et puis c’est un album très physique, très charnel. La musique très électronique que j’ai fabriquée avec Mathieu Epaillard demande à être dansée. La foudre t’électrocute, mais elle s’électrise aussi. 

 

De Jimy à LA FOUDRE, est-ce que tu as l’impression d’être passée de « comment je m’aime » à « comment je me reconstruis » ? 

Complètement. Ce nouvel album, c’est vraiment une renaissance. Pour moi, c’est presque comme un premier album, celui d’un nouveau chapitre de ma vie. Je suis très fière de mes trois premiers projets. Ils m’ont construite musicalement. Mais avec LA FOUDRE, j’ai l’impression que tout ce que j’essayais de faire avant arrive enfin. Là, c’est vraiment du Aloïse Sauvage. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de me présenter de la même manière. J’ai davantage envie de plus m’écouter. Dans ce nouveau projet, j’ai zoomé sur des situations, des détails, des émotions. Je me suis autorisée à écrire comme dans un film. LA FOUDRE c’est vraiment un voyage. Je voulais que l’album s’écoute de A à Z, dans l’ordre. À une époque où l’on nous dit que le format album est peut-être mort, j’avais envie de défendre une œuvre qui se découvre entièrement comme un film.

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©Augustin Granger

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Dans ce nouvel album, tu te mets davantage à nu. Est-ce que cette fragilité a été plus difficile à exprimer que l’énergie ou le mouvement que l’on associe souvent à toi ?

Franchement, non. Je ne me suis pas posée cette question quand je créais. Et c’est aussi toute la beauté du geste créatif. En réalité, les chansons, je les faisais pour moi. J’en avais besoin. Elles délivrent une émotion que je ressentais pleinement. Je n’étais pas en train de me demander comment ça allait être reçu par le public. J’ai toujours fait comme ça. C’est vrai qu’il y a des chansons avec une grande vulnérabilité. Mais parce que je me suis aussi mise plus à nue vocalement. Dans ce début de parcours musical, j’ai aussi appris à chanter. Aujourd’hui je suis beaucoup plus à l’aise avec ma voix et je me sens totalement légitime de l’exploiter pleinement. Le résultat c’est le lâcher prise. 

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Tu as composé l’ensemble de LA FOUDRE avec Mathieu Epaillard. Comment votre collaboration est-elle née ?

Mathieu, c’est une grande rencontre humaine et artistique. Au départ, c’était juste mon musicien de tournée et c’est mon ingénieur du son, Elio Agostini, qui m’a suggéré de faire de la musique avec lui. À l’été 2023, j’étais en résidence musicale, déjà en rupture amoureuse, et j’avais besoin de créer pour moi, sans pression. J’ai proposé à Mathieu de venir et ça a été une évidence artistique. Depuis, on ne s’est plus quittés. Je pense que je cherchais un Mathieu depuis toujours. Il a une musicalité que j’aime énormément. C’est un petit James Blake, un petit prodige. De mon côté, je lui ai amené des rythmiques plus afro et parfois plus hip-hop. Il m’a surtout aidée à aller au bout de mes idées, sans formater ma musique. Et il sait aussi me dire quand il faut s’arrêter. C’est rare et précieux.

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©Jane Ferreira
©Jane Ferreira

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Tu as déjà joué à La Cigale en 2022 et à l’Olympia en 2023. Qu’est-ce qui a changé chez l’artiste qui remontera sur cette scène en 2027 ?

La Cigale, c’est ma salle préférée à Paris. Quand on a commencé à parler de tournée, je voulais vraiment y jouer. Et finalement, on en fait deux ! Je trouve ça dingue. La Cigale de 2022 avait été un marqueur très fort pour moi. Après le Covid, j’avais dû repousser ma tournée, recommencer presque à zéro, refaire un album. C’était éprouvant. Me produire dans cette salle avait quelque chose de mystique et de magique. J’espère revivre ça.

 

Tu as envie d’en faire un spectacle très performatif ?

Ce sera mon concert, donc forcément, il y aura de l’énergie et de la performance. Mais j’ai surtout envie de mettre la musique en avant, notamment avec un nouveau choix de musiciens et de set-up musical. Le corps suivra de toute façon. Il y aura de l’énergie, du mouvement et quelques surprises, surtout à Paris. Je trouve que réussir à donner envie à quelqu’un de venir à tes concerts, c’est le plus beau des compliments.

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Tu as récemment parlé de tes doutes autour de la musique et de la possibilité d’arrêter. Qu’est-ce qui t’a donné envie de continuer ?

J’étais surtout lessivée. Une tournée et le rythme d’une vie artistique aussi dense laissent des traces. Je m’étais jurée de refaire de la musique pour moi. Si quelque chose en sortait, ce serait génial, et sinon, on verrait. Mais le feu sacré que j’ai à l’intérieur ne pouvait pas lâcher. Et puis j’aime trop faire de la musique. À quelqu’un qui traverse une période de doute, je dirais que ça va passer. C’est difficile à entendre au début mais pourtant c’est vrai. La vie est faite de cycles, elle ne peut pas toujours être linéaire. Si je pouvais parler à la Aloïse d’il y a trois ans, je lui dirais : « Heureusement que tu es passée par cette étape-là ». Parce que la musique que j’ai créé après est peut-être la plus belle chose que je pouvais faire. Faire de l’art, c’est transformer ses épreuves en petits bijoux. Alors non : « ne lâche pas ». La suite est trop belle.

 

Que te souhaites-tu pour l’avenir ?

Trois ans sans être à la rencontre du public, sans avoir la chance d’être sur scène parce que j’étais en création, ça m’a vraiment fait prendre du recul sur la chance que c’est. C’est vraiment un privilège de monter sur scène. Les temps pour la Culture sont durs donc quand on a l’opportunité de le faire, il faut en prendre soin. Bien sûr que j’ai de grands rêves, mais je crois vraiment que je me souhaite déjà de pouvoir continuer à vivre cette vie. Pourvu que ça dure, juste ça. Ce sera déjà merveilleux.

 

LA FOUDRE est disponible via Les Sauvages (autoproduit). En concert à Paris (La Cigale) les 2 et 3 février 2027.

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Texte Eva Bettale

Image de couverture ©Jane Ferreira

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