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Il y a des anniversaires qui sentent la sueur, la bière tiède et l’excitation d’avoir entendu un groupe dont personne ne connaît encore le nom. En 2026, Pitchfork souffle deux bougies à la fois : les 30 ans du site, né en 1996 à Minneapolis, et les 15 ans de son festival parisien, lancé en 2011. Une double date d’une marque restée fidèle à une obsession simple : défricher.

Tout commence dans une chambre

À l’origine, il y a Ryan Schreiber, grand passionné de musique, et un blog consacré à l’indé. Le site déménage vite à Chicago, puis à New York, grossit, devient prescripteur. En 2015, Condé Nast (Vogue, The New Yorker, Vanity Fair) le rachète : le gamin de la presse web entre chez les grands. Mais l’ADN, lui, ne bouge pas.

Au milieu des années 2000, le magazine décide de passer des chroniques aux amplis. Direction Union Park, à Chicago, en 2006. Pendant près de vingt ans, ce festival d’été sert de point de ralliement à la scène indépendante, et de rampe de lancement : Kendrick Lamar et Chance the Rapper y ont foulé des scènes secondaires avant de remplir des stades, FKA twigs y a marqué les esprits au moment de sa percée, Clairo et Big Thief y ont installé leur légitimité. Londres (2021) et Mexico ont suivi, formant un triptyque international à l’automne.

Paris, ou l’art de se perdre dans la ville

Puis il y a Paris, 2011. Le festival s’installe à la Grande Halle de la Villette et s’y fait vite une place dans les agendas d’automne. Quinze ans plus tard, il a changé de visage : plus de halle unique, mais une odyssée urbaine et décentralisée, éparpillée sur une dizaine de lieux, du Trabendo au Trianon. Près de cent artistes sur une semaine.

Et la promesse, elle, n’a pas bougé. Le slogan maison, « Encore une prog’ où tu ne connais rien ? », répond « Normal ! Ce sont les headliners de demain ! » Ça pourrait être de la coquetterie. Les faits donnent raison au pari : The 1975, aujourd’hui géants de la pop-rock, étaient de petits noms à l’affiche des premières éditions parisiennes. Jungle et The Blaze ont profité du projecteur à l’époque de leurs tout premiers morceaux. Bon Iver, Lykke Li, Marc De Marco sont passés par là aussi.

Bastille, le cœur du festival

L’esprit se concentre dans l’Avant-Garde, du 7 au 10 novembre : une immense block party sur trois soirées, où l’on déambule librement entre sept salles partenaires du quartier de la Bastille, à quelques minutes à pied les unes des autres. 46 artistes, souvent jamais vus en France ni en Europe. C’est le laboratoire du festival : on y a découvert Gretel Hänlyn ou Momma quelques mois avant qu’elles ne remplissent des salles en solo.

La boucle est bouclée

Il y a une jolie symétrie dans cet anniversaire. Les Danois d’Iceage, présentés à Paris dès 2011 à leurs débuts, reviennent en tête d’affiche pour l’édition de novembre 2026. Le groupe a grandi avec le festival, et inversement. Une histoire de fidélité, de flair, et de pari tenu : celui de croire que les noms inconnus d’aujourd’hui sont les évidences de demain.

30 ans de curiosité, 15 ans de Paris. Le meilleur moyen de fêter ça ? Y aller sans rien connaître.

Notre sélection

Le bal des festivités s’ouvre avec une prestation exceptionnelle des orléanais Headache, projet réunissant le producteur Vegyn et le poète Francis Hornsby Clark.

La sélection explore également la pop électronique du duo belge Charlotte Adigéry & Bolis Pupul, et des américains, ear. La scène madrilène sera elle représentée par la chanteuse émergente AMORE accompagnée par son acolyte mori, déjà aperçu au festival aux côtés de Rusowsky en 2024. Le duo foulera les planches du Trabendo, où se produira aussi Bassvictim, à l’esthétique indie sleaze.

 

 

 

L’avant-garde au cœur du festival

Le label anglais DH2 (George Daniel, Two Dogs, Oscar Farrell..) investira le Badaboum pour une soirée club le jeudi dont la programmation reste encore secrète. Aux côtés de la captivante Maddie Ashman, des 1000 Rabbits, des déjantées The Femcels, nous avons hâte de découvrir sur scène Arima Ederra, le quatuor bristolien My First Time, la philippino-australienne daine, le duo d’auteurs-compositeurs-interprètes alternatifs Good Health Good Wealth, les underground DIY MORN, le quatuor japonais bed, le showgaze de Bleary Eyed, la pop électronique éclectique de Cowgirl Clue, la musicienne et auteure-compositrice suédoise DJ Suzy, l’écossais-américain JP O’Grady, la colombienne Lido Pimienta, l’écossais Paulie Swan, le projet d’Emily Moales, Star Moles, la pop expérimentale de Worldpeace DMT.

En parallèle, après une première année, Pitchfork Avant-Garde poursuit son rendez-vous et se déploie sur trois soirées, du 5 au 7 novembre, dans sept salles du quartier de la Bastille. Un défi ambitieux avec une soixante d’artistes émergents par soir, présents en première date française ou européenne cette année. Parmi eux, le public pourra retrouver , Rockie Rode, sundots, Victoryland, Star Moles ou encore  The Healing Power of Horses.

Explorer le futur 

Après neuf éditions à la Grande Halle de la Villette, le festival multi‑salles proposé en 2021 continue de s’installer durablement. Le Pitchfork Music Festival Paris est devenu une référence dans le paysage musical et a accueilli des artistes aujourd’hui multirécompensés, de Lorde à Christine and the Queens ou Caroline Polachek.

 

Cette édition 2026 poursuit sa mission avec ses valeurs propres : curiosité, découverte de talents et ouverte sur les sons d’aujourd’hui. Le Pitchfork Music Festival Paris 2026, c’est la recherche de la nouveauté : le festival tient sa promesse de révéler et mettre en avant.

Cette année, sélection des plus éclectiques.

AMORE, le Badaboum, le 3 novembre 2026.

La chanteuse Amore s’est fait sa place dans le paysage de la pop espagnole. Dans ses chansons, la fragilité des voix s’entremêle à des sonorités ciselés, plongeant dans la mélancolie. Des morceaux pleine d’émotion qui hypnotisent.

DIIV, Badaboum, le 2 novembre 2026.

Originaire de Brooklyn, le groupe DIIV s’est imposé sur la scène du rock indépendant avec leur musique de shoegaze rêveur. Le son de guitare plonge dans une introspection qui explore les zones inconsciente entre spleen et tension.

TROXE, le Trabendo, le 3 novembre  2026.

 

DUMBHEAD, l’Elysée Montmartre, le 3 novembre 2026.

VICTORYLAND, la Mécanique ondulatoire, le 5 novembre 2026.

Texte Jeanne Voiturier