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Fin des années 1970, le Royaume-Uni fait résonner les premiers cris du mouvement punk, les scratches et phrasés des MC du Bronx font naître le rap. Dans les favelas de l’état de Rio de Janeiro, la communauté noire se met à organiser des bailes da pesada, comprendre « danses dures ». Ces soirées seront le lieu de naissance de la funk carioca. Inspiré d’abord par la soul et la funk étasunienne, le genre va, à mesure que son succès grandit, se rapprocher de la Miami bass.

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Comme son homologue floridien, le style brésilien conjugue langage du peuple, notamment de la communauté noire, paroles très explicites et utilisation de boîtes à rythme bien précises. Le natif de Rio de Janeiro DJ Marlboro est notamment l’un des premiers à multiplier les allers-retours entre Miami et Rio, implantant ainsi les sonorités floridiennes dans les sound-system cariocas, en traduisant les paroles en portugais et en adaptant les rythmes à la sauce brésilienne.

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S’imposer dans un pays de danse

Dès les années 1990, la funk s’exporte partout au Brésil et devient un rythme incontournable du plus grand pays d’Amérique du Sud. Partout dans le pays, les soirées baile funk se multiplient et de plus en plus de MCs rappent la violence de leurs quotidiens, leurs aventures sexuelles ou leurs revendications sociales. Le genre évolue et se lie d’amitié dans les années 2000 avec le « passinho », danse qui mêle les traditions brésiliennes comme la samba, la capoeira ou le frevo avec la break-dance. La funk brésilienne a trouvé son pas et se popularise désormais hors des soirées et lieux de contre-cultures. Les radios et la télévision s’y intéressent et les paroles deviennent (un peu) moins explicite. 

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La fin des années 2010 signe l’avènement de la funk carioca qui devient le style de musique numéro 1 au pays de la samba et de la bossa-nova. La jeunesse s’en empare, le genre se féminise, s’ouvre aux communautés LGBT et devient le moyen d’expression de toute une génération brésilienne qui chante, danse et n’a pas peur du trash. C’est ainsi que se font connaître Ludmilla, Pedro Sampaio, MC Livinho ou encore la drag queen Pablo Vittar. Mais depuis 2017, c’est bien la chanteuse Anitta la plus grande star, non seulement de la funk, mais du Brésil. La carioca est devenue une icône, presque constamment l’artiste la plus streamée du pays, influente dans le monde entier, collaborant avec les plus grands. Elle est la représentation parfaite d’un Brésil jeune, militant pour les droits LGBT, valorisant le pluriculturalisme, s’opposant au discriminatoire Jair Bolsonaro, le tout en chantant et dansant librement.

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Dans une contrée aussi grande et aux cultures différentes qu’est le Brésil, la funk a naturellement vu naître de nombreux sous-genres. La phonk brésilienne, inspirée de celle de Memphis popularisée par la Three 6 Mafia, est un équivalent plus électronique, plus distordu apparu au début des années 2020. Les différentes sonorités brésiliennes ont été fusionnées à la funk, créant par exemple le pagofunk, basée sur les mélodies du pagode, musique de groupe live très acoustique et festive. Chaque région, voire chaque état du Brésil produit désormais son propre son, inspiré par ses musiques traditionnelles. À Recife par exemple, on ajoute le rythme intense de la funk au romantisme du brega, créant le brega-funk, comme dans Vem Me Satisfazer de MC Ingryd.

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De Rio à la planète entière

Si, vous l’aurez compris, le Brésil adhère complètement à la funk, celle-ci a largement dépassé les frontières du pays du football. Si en 2018, vous dansiez sur l’hypnotique Bum Bum Tam Tam de MC Fioti, vous étiez déjà, probablement sans le savoir, en train de valider son rythme. Plus récemment, Parado no Bailão de MC L Da Vinte et MC Gury s’est imposé dans les discothèques françaises et Menina de Vermelho de MC Menor JP a même été certifié single de platine par le SNEP. De son côté, Anitta remplit son rôle d’ambassadrice à merveille, ayant même fait chanter de la funk à Madonna. Il y a un an de cela, c’est Bruno Mars qui se mettait au portugais pour Bonde da Brunão.

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Dans l’Hexagone, le genre n’est pas encore très répandu mais ils sont de plus en plus nombreux à s’y essayer. En 2018, Sadek était avant-gardiste en dévoilant un album entier, certes un peu cliché, consacré à la funk brésilienne. Le morceau éponyme Johnny de Janeiro connaît plutôt un bon succès. À l’époque, PLK, Guizmo et Junior Bvndo ou même Damso s’y essaient avec plus ou moins de réussite. En septembre 2024, Tiakola, Ryflo, Oskoow et le paulistain (originaire de São Paulo) MC Cebezinho, proposent le clip de Manon B, tourné à Salvador de Bahia. Le morceau devient instantanément un immense hit en France et obtient la certification diamant en à peine cinq mois. Un succès qui appelle d’autres tentatives, au vu de l’expansion de la funk brésilienne dans les soirées de l’hexagone.

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Texte Erwan Cler

Image de couverture Courrier International

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