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Au cours d’une rencontre estivale en 2012, le duo musical est né. Pour parfaire l’identité de Lucas, déjà ancré dans le projet Anatomie, Saavan correspond aujourd’hui davantage à ce qu’ils souhaitent partager dans leur univers auditif. Portant le nom indien d’une période de mousson censée traduire une constellation lunaire et un renouveau, leur dévotion dans les paroles prend alors tout son sens. Claire Lengaigne et Lucas Mokrani nous livrent les émotions de leur deuxième album Pure.
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Chapitres archivés
Plongés dans un monde en pleine croissance et en introspection personnelle, leur premier album, Chapters est une recomposition de toutes les émotions vécues au fil de leurs vies antérieures. Fichier de démos saturés, les créations produites pendant quatre ou cinq ans témoignent d’un certain recul face à un passé aujourd’hui révolu. De leur premier EP, Slow, à une sensation de liberté affirmée, enterrer les souvenirs leur a permis de renaître, plus indépendants dans leurs créations. S’affranchir des codes a été nécessaire pour leur élévation : « C’est ce qui transparaît, la liberté de faire un peu ce que l’on veut et le fait de couper les ponts avec une forme de truc qui est bien dans le passé, qui était bien avoué. Je pense à Where Did All My Friends Go?, qui est un petit peu le constat que tous nos potes sont devenus adultes, le monde avance et tu te sens un peu laissé derrière. Les thèmes abordés sont la rupture et la sagesse de laisser certaines choses dans le passé pour pouvoir avancer ».
Pour Claire, « Il y a ce côté ouvert où c’est comme l’image de quelqu’un qui regarde la terre. C’est avoir une vision globale de ce qui se passe. C’est l’image d’un personnage qui s’en va. Loin de son quotidien, il fait alors un constat. Celui de sa vie, de ce qu’il a observé sur Terre, des relations sociales, de la religion, de l’évolution ».
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De cette émancipation naît une audace auditive mêlant influences rap, électronique et une légère touche de speed. Avec ce nouvel album, Saavan repart de zéro, pure est libre. L’album offre un son qui capture l’essence des nuits blanches.
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Influences naturelles
Quand on leur demande quels sont les artistes qui les ont le plus inspirés, Lucas répond : « À la base, nous avons des sonorités très électroniques, on était très influencés par Bonobos, Four Tet, Odessa, ce genre de personnes. Sur le dernier album, nous sommes beaucoup plus inspirés par des genres différents. Sampha nous a vraiment beaucoup inspirés. On peut aussi retrouver des compositions moins connues comme un groupe qui s’appel Jill qui, personnellement, m’a énormément influencé sur la production de cet album. Un groupe anglais que l’on adore, Jadu Heart ».
Fidèle au personnage hors du temps qu’ils ont façonné pour l’écriture de cet album, le cœur même de leurs textes puise dans leur voyage, où chaque mot est inscrit sur un carnet, comme des sentiments instantanés, sans fondement, en pleine communion avec la nature qui les entoure. Lucas se sent en harmonie avec l’élément de l’eau et Claire avec celui de l’air. Deux phénomènes distincts qui se rejoignent. Lucas : « L’imagerie que l’on utilise vient justement de la nature. Claire et moi aimons voyager, on a fait beaucoup de road-trips. C’est dans ces moments de solitude où naissent les idées pour les morceaux. Je pense que c’est une des raisons, pour laquelle, il y a toujours la nature en toile de fond dans nos sonorités. On aime les mêmes choses, sous une forme différente. On se retrouve assez bien. Et musicalement, on est proche de cette dualité. »
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Les émotions distinctes
Les sentiments, ils les vivent de manière complémentaire dans leur façon de retranscrire une émotion brute en musique. Pour lui, il s’agit de mettre des personnages dans un scénario : les émotions y sont colorées. Le titre Slowing You Down, directement inspiré d’une douleur relevant de la passion est porté par la voix de Claire, qui lui confère une certaine aridité sans être dépourvue d’émeute intérieure. Ce rapport au temps, le titre l’incarne pleinement. « La question n’est pas de savoir si l’on s’aime bien, mais si finalement l’amour ne fait pas ralentir. Cette chanson est très terre-à-terre et laisse entendre beaucoup d’empathie. Je l’ai écrite à la suite d’une rupture amoureuse », confie Lucas. Le tumulte cérébral se transforme en images, comme dans une peinture où il n’est pas nécessaire de raconter une histoire, mais de poser une ambiance, une scène, plutôt qu’une seule couleur.
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Vous écrivez vos émotions pour mieux les transmettre dans une palette vive ? Lucas : « On vient titiller, un petit peu, émotionnellement, cette écorce-là. J’ai toujours écrit, ne serait-ce que pour mon travail de réalisation, mais aussi personnellement. Claire aussi. On prend nos bouts de pensées pour, après, les mettre au sein d’une œuvre visuelle qui fasse sens ».
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Univers immersif
De cette éclosion fluctuante, au gré des résonances, le duo se réinvente, autant dans sa musique que visuellement. Il construit un nouveau cadre afin de mieux partager la scène avec son public. C’est un engagement. Pure est une distorsion compositrice, une dimension plus humaine, portée par des décors et une véritable mise en scène. L’impact sera plus organique, plus spontané dans l’enchaînement des morceaux. « On aimerait pouvoir essayer de jouer au milieu du public, plutôt que sur scène. On prépare aussi un espace vidéo qui sera projeté derrière nous et ramener de la décoration. On aimerait que les gens aient cette impression de venir chez nous, faire la fête ensemble. Le but, ça va être d’occuper beaucoup plus l’espace, d’occuper beaucoup plus la scène ». Moins tourné vers l’aspect iconique du spectacle, ce choix traduit une maturité qu’ils semblent aujourd’hui avoir comprise, leur permettant d’envisager plus loin leur direction artistique théâtrale. L’idée : renaître, chaque fois plus grand, plus pigmenté.
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Pure est disponible via Yotanka Records. En live (POPUP !) le 6 juin 2026.
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Texte Andréa Martins
Image de couverture Saavan
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