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À l’occasion de la sortie de leur second album Cavalcades « Ce que la nuit ne dit pas », les deux membres du groupe, Maëva Nicolas et Hugo Herleman se sont confiés à Modzik sur leurs inspirations pour l’écriture de cette œuvre. Les sentiments qui s’en dégagent apparaissent comme un désir défiant toute caresse meurtrie. Un recueil de poèmes, dont Maëva est l’auteure, accompagne l’album : on y découvre ses pensées obscures, jusqu’à leur abandon au crépuscule.
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Bandit Bandit est un groupe de rock « en français » formé par Maëva et Hugo en 2019, à la suite de leur première rencontre, qui fut dans un premier temps romantique. L’amour s’est estompé avec le temps, il a laissé place à l’union d’un groupe : le duo a depuis été rejoint par Anthony Avril et Ari Moitier. Ensemble, ils ne forment désormais qu’un seul et même dévouement sur scène : un dialogue entre descente aux enfers et remontée vers la lumière.
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Pression artérielle
L’album de Bandit Bandit résonne chez nous comme des confidences que l’on se tait à soi-même, par peur du miroir intérieur ou par sécurité, pour se sentir encore immature face à ce que notre corps nous demande d’accepter. En mode stoner, le morceau Pression artérielle joue des contrastes, sur une mélodie réverbérée et traverse la mort. « Cette chanson parle de crises d’angoisse. Nous avons tous les deux été sujets à ce genre de crises, de manière très hebdomadaire. Nous avons appris à avancer avec, même les plus énervées. Le sujet est, pour nous, important à traiter lorsque nous avons compris que beaucoup de personnes en étaient victimes, certaines naissantes de leurs expériences traumatiques. Notre bassiste a aussi vécu une période difficile, notamment lors de dates de concert. » Le poème Corps étranger fait écho à cette chanson. Dans un corps défensif sans contrôle, l’alerte pour vivre est sans appel. C’est l’enveloppe corporel qui devient prisonnière et nous extirpe du réel. À l’écoute, le son de la guitare suit la voix de Maëva, elle résonne comme un cri, un long chemin cataclysmique. « C’est comme si le corps était une entité propre, loin de nous. J’ai souvent du mal à lâcher prise, et dans cet obstacle, il prend possession de mon corps. C’est très perturbant. » Les paroles présentes dans Rien attendre se perçoivent comme un don de soi pour mieux guérir. On est dans une pure oblation, lancé par riff monumental suivi d’une partie plus mélancolique et vaporeuse. Le titre, porté par voix grave, presque monocorde de Maëva, concentre sur moins de trois minutes tout l’album. L’offrande devient notre reflet : « C’est un sujet dominant sur cet album. On chante l’émancipation et le fait de commencer à faire la paix avec qui l’on est. On prend le temps de s’appréhender et d’aller voir dans plusieurs sphères où l’on peut être. On se regarde franchement ».
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Hors contexte
La séparation, la chute imparable à la reconstruction devient une source d’inspiration personnelle. L’amitié concède à soutenir la mélodie qu’il manque dans la composition de Maëva pour le texte d’Opaline. Elle est portée par un piano clair et une basse au groove reptilien qui assure une structure circulaire, elle ponctue une guitare tantôt acide, tantôt réverbérée. On distingue une vie qui se meurt pour l’autre. « La chanson parle de mon avortement. J’avais très peur en écrivant ce texte d’être un peu impudique. C’est un sujet sur lequel j’avais besoin et envie d’écrire. Je trouve positif que des femmes puissent l’appréhender et se l’approprier complètement. En studio pour la composer, nous avons procédé différemment. » Évadés à la Rochelle, elle et Hugo ont construit ce morceau dans le studio d’un ami, le premier couplet très vite construit, il fallait du recul pour la suite, comme un moment de grâce. « Lorsque l’on commence à trouver la partie piano, les idées étaient connectées, on devient plus traditionnels dans l’élégance. La batterie a des mouvements plus amples. » Inattendue, la tonalité change, avec un synthétiseur très Gainsbourg. C’est la cathédrale de Rouen de l’album. « J’avais très peur que le morceau ne puisse pas rentrer dans l’album. On sent que quand il commence, on est sur un autre contexte. »
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Est-ce que l’aube vous sauve ?
Pour rentrer dans les émotions de Maëva, Ce que la nuit ne dit pas nous offre son voyage, dès l’apparition de la nuit jusque son crépuscule. « Dans l’idée que moi j’ai de cet album, qui est donc fait de nuits composites, l’aube est salvatrice. Ce que j’aime, c’est le chant des oiseaux. J’ai grandi avec un arbre juste à côté de ma chambre d’enfant et il y avait les petits oiseaux qui me réveillaient. J’adorais ça. Je dormais la fenêtre entre-ouverte pour pouvoir les entendre. »
Pour Hugo : « Je trouve qu’il y a quelque chose de très rassurant et d’accueillant dans le lever du jour. J’ai eu une relation particulière avec ce moment-là. Je suis acteur mais aussi spectateur. Avec le lever du soleil, le monde est plus rassurant, la nuit est son contraire. La nuit ne m’apaise pas. Au matin, mon cerveau est plus fluide. Même en étant un oiseau de nuit, elle reste pour moi plus affilée et le jour ramène enfin cette respiration profonde. »
C’est un Joli voyage : un retour à la vie, de la cavalcade. Le groupe revient à ses premiers amours, les territoires sonores psyché et surf, qui fait la patte de Bandit Bandit.
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La renaissance portée
Le titre personnel et renversant d’Hugo, Pour toi clôt l’album en rappelant ce qui est derrière et ouvre sur ce dont il est le premier acte : le renouveau, la reterritorialisation d’Eros dans le strict domaine de l’art. Cette thématique dans la direction artistique des vêtements portés a été le socle pour mettre en image l’album : « Le noir et le blanc reflète avec ces zones d’ombres ce que j’ai traversé pendant plusieurs années. Il y a des réflexions multiples à ma tenue, je commence un peu à toucher une sorte de compréhension de moi-même. C’est comme un renouveau. Le choix du maquillage, la coupe de cheveux, tout était conscientisé. Axel, notre DA a su faire quelque chose de juste qui collait parfaitement à nos sentiments ». La retranscription de ce que la nuit ne dit pas devient imagée et est portée par la femme dans une sorte de voile, un oiseau pur qui vole : un murmure du réveil. « Ce qui est beau avec la tenue de Maëva, c’est ce sentiment de volupté quand elle court. La tenue permettait de voir du mouvement. On voulait sentir le sentiment de cavalcade. »
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Cavalcades « Ce que la nuit ne dit pas » est disponible via Backdoor Records/Because Music. En tournée et à Paris (Le Trianon) le 5 novembre 2026.
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Texte Andréa Martins
Image de couverture Margot Berard
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