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Certains défilés portent la signature d’une maison dès le premier regard. D’autres, au contraire, nous laissent chercher, même lorsque l’on sait parfaitement où l’on est. Au musée Picasso, Simon Porte Jacquemus présente Le Palmier. Un titre organique, solaire, familier tel qu’on le connaît. Et pourtant, dès les premières silhouettes, le trouble s’installe. Les volumes sont sculpturaux, architecturés, silencieux. Le Sud disparaît. La narration naïve s’efface. La poésie provençale, signature immédiate de la maison, s’éloigne. Jacquemus parle un autre langage.

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Quand l’identité se cherche entre sculpture et souvenir.

Les épaules s’élargissent. Les tailles se structurent. Les lignes se tendent. Les silhouettes deviennent objets. Des formes à regarder avant d’être des vêtements à porter. Certaines pièces captivent immédiatement. Les immenses chapeaux, présents sur plusieurs looks, imposent une allure théâtrale, et dramatique. Ils donnent aux corps une verticalité saisissante.

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© Jacquemus

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Le manteau rouge est un moment de grâce. Une pièce magistrale, vibrante, qui rappelle la force de Jacquemus lorsqu’il laisse une couleur s’exprimer seule.

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© Jacquemus

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La robe jaune, construite de sangles de tissu superposées, fascine par le mouvement qu’elle provoque. À chaque pas, le vêtement s’anime. Le volume devient rythme. Le regard reste accroché. D’autres silhouettes intriguent par leur construction, par cette volonté de penser le vêtement comme architecture pure.

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© Jacquemus

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Puis, peu à peu, une sensation s’installe. La confusion.

Certaines associations de couleurs, pourtant audacieuses, perdent de leur justesse. Le rouge et le noir exigent une précision absolue. Mais ici, l’équilibre se fragilise et la tension visuelle s’effondre.

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© Jacquemus

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Un look aux inspirations équestres surgit sans dialogue avec le reste du vestiaire. Il rompt le récit au lieu de l’enrichir.

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© Jacquemus

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Plus loin, la rencontre entre un noir profond et un brun chaud, associée à un mélange de cuir et de daim, laisse une impression étrange. On comprend où il veut aller, mais la matière ne suit pas. Ce qui devait être noble devient hésitant.

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© Jacquemus

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C’est à ce moment que l’évidence apparaît : on ne reconnaît plus Jacquemus.

La collection oscille entre deux territoires. Celui de la sculpture, de la rigueur, de l’architecture et celui, instinctif, narratif, solaire, sur lequel l’identité de la maison a été construite.

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La rupture.

Le Palmier ressemble à un moment de transition. Un défilé où Jacquemus cherche une nouvelle maturité, un nouveau vocabulaire. Mais cette recherche brouille alors son empreinte. Nous nous sommes surpris à passer de l’admiration à une totale incompréhension d’un look à l’autre. À passer de la fascination à la perplexité en quelques silhouettes.

Ce n’est pas un défilé que l’on reconnaît. C’est un défilé que l’on regarde en essayant de comprendre ce qu’il veut devenir. Et c’est précisément ce qui le rend aussi troublant.

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Texte Hanaé-Nalova Mamoum

Image de couverture © Jacquemus

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