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Elle disait de son premier album, OSMIN (2024), qu’il était un conte. La fiction et la narration lui permettaient de mettre à distance l’éprouvante réalité. Notre échange avec Zinée, rappeuse, chanteuse et désormais compositrice, nous a rassuré. Si sa vie démarrait comme un drame à de nombreux égards, elle se transforme aujourd’hui en un conte qui ravive l’espoir, qui nous prie de ne rien lâcher. Bil est la bande-originale de cette aventure inspirante.

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©Frankie Allio

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L’artiste toulousaine ne s’apitoie pas sur son sort et ne supporte pas que les autres le fassent. Elle désire simplement donner du courage à celles et ceux qui traversent des difficultés semblables aux siennes, notamment les personnes atteintes de maladies chroniques. Elle souhaite montrer qu’il ne faut pas perdre espoir, tant qu’on peut encore rêver et créer. Depuis petite, Zinée a dû faire de nombreux deuils, notamment celui de son père qu’elle a perdu à seulement onze ans. Il a laissé un trou béant dans son cœur en s’en allant. Bil s’ouvre d’ailleurs sur ces alexandrins : « Je chante pour quelqu’un qui peut même pas m’entendre. Des fois j’aurais préféré qu’on m’enterre avec » (Miraculée). 

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Mais elle a réussi à continuer d’avancer, convaincue qu’il veille sur elle depuis les cieux. Elle a subi du harcèlement à l’école étant jeune. Le genre de choses qui peut détruire la confiance en soi et dans les autres. Comme si ça ne suffisait pas, quand sa carrière commence à décoller au début des années 2020, elle se fait rattraper par une maladie tapie en elle. Alors qu’elle préparait son troisième projet, en collaboration avec Sheldon, qui était son directeur artistique, compositeur et co-auteur, la douleur se fait trop forte. Elle la paralyse. Après une période d’errance médicale, le verdict tombe : son endométriose profonde, à laquelle elle refusait de prêter attention, a engendré une prolifération de kystes qui met à mal le fonctionnement de ses organes comme de ses jambes. S’en suivent six mois à l’hôpital, une opération, la perte temporaire de la capacité de marcher. La souffrance, elle, demeure. Alors qu’elle allait perdre l’envie de se battre, quelque chose s’est transformé. Une fureur de vivre a pris possession d’elle, l’a poussée à se relever, plus forte encore que la douleur. C’est ce qu’elle raconte dans le lumineux Bouclier, qu’elle a co-composé, comme six morceaux sur sept du projet. 

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Celle qu’on surnommait « Zinédine » plus jeune a vu le drame de sa vie prendre des allures de conte encourageant ces dernières années. Parce que sa santé va mieux et qu’elle fait aujourd’hui la musique dont elle est la plus fière, bien sûr. Mais aussi grâce aux aventures humaines qui se sont mêlées à son parcours. L‘humain est ce qu’il y a de plus précieux et doit être au centre de toutes choses pour Zinée. Bil a été réalisé par une bande qu’elle surnomme « Les 4 fantastiques ». L’amitié qui les lie semble tirée d’un manga tant les protagonistes en sont différents mais unis par leur passion pour la musique et leur bienveillance réciproque. Il y a Chilly Gonzales, le pianiste franco-canadien haut en couleurs, qui a travaillé avec les Daft Punk et Philippe Katerine, a été samplé par Drake et a battu le record du monde du concert le plus long, passant plus de 27 heures au piano… Il est devenu un ami, presque un ange gardien pour Zinée, depuis qu’il l’a contactée en 2023 pour participer à la session de rap qu’il organisait pour le média Grünt. Le quinquagénaire installé en Allemagne a travaillé à la composition de cinq des sept morceaux de Bil à distance, échangeant des mots et des notes quotidiennement avec les autres fantastiques.

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C’est aussi en distanciel que Zinée travaillait avec Freaky Joe, ponte de la production musicale rap qui travaille avec SCH, Alkpote et PLK. Son expertise a notamment bénéficié aux rythmiques et drums de Miraculée, Mi-mo et Bouclier. Empty7, compositeur, pianiste, enseignant et rappeur de Genève, a été le collaborateur le plus proche de Zinée dans la conception de Bil. Il a passé un été aux côtés de la toulousaine pour composer et écrire. Avec Zinée, ils adorent les musiques de films orchestrales. Dans Bil, plusieurs passages semblent provenir d’une fresque épique ou de la fin mélancolique d’un drame. La rappeuse nous a confié que composer de la musique de film est un de ses plus grands rêves. 

 

©Rafaëlle Lorgeril

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En sept morceaux, Zinée nous fait vivre beaucoup d’émotions. Colère, tristesse, espoir, nostalgie, mélancolie et apaisement. Tout ce qu’elle a traversé au fil de son parcours de combattante est retranscrit avec goût dans ce projet. Il y a même de la joie de vivre, sur Alegria, où elle superpose sa voix à celle de l’une de ses idoles, Oxmo Puccino, pour une ode à l’amitié et à la rêverie. Son regard sur le monde est toujours poétique, mais elle abandonne doucement la vision enfantine qui se glissait auparavant dans ses créations. A l’exception de Shérif, une pièce unique, entre berceuse et balade, dans laquelle une jeune fille découvre la nuit et s’y perd. Bil est un peu plus froid et dur dans son contenu que Cobalt et OSMIN. Mais le caractère acoustique et organique du projet – dû à la présence du piano de Chilly et au violoncelle de Stella Page – compense et adoucit le tout. 

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©Younes Bouherrour

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Mais Bil, c’est qui ou quoi en fait ? C’est une divinité nordique mystérieuse, jamais représentée, dont Younes Bouherrour a proposé une version pour la pochette du projet. Bil est si secrète qu’on ne sait pas vraiment si elle est du côté du bien ou du mal. Ce qui est sûr, c’est qu’elle poursuit la lune sans arrêt. Qu’elle est toujours quelque part dans le ciel nocturne. Selon certaines interprétations, elle représente la résilience, la capacité humaine à garder espoir même dans les ténèbres les plus sombres. Cela convient parfaitement à ce que Zinée fait, en musique comme dans la vie. À l’instar de la divinité, ce projet restera une présence réconfortante dans la nuit, une flamme inextinguible qui rappelle qu’un réconfort peut toujours venir chasser le malheur, qu’il provienne de la magie de la création artistique ou de l’amour d’humains bienveillants.

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Bil est disponible via Yotanka Records.

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Texte Antoine Clairefond – Le Rapporteur

Image de couverture Frankie Allio


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