/

NEWS !

/

/

C’est l’une des rappeuses françaises les plus connues et talentueuses. Pourtant Lala &ce semble doucement s’éloigner du rap avec OASIS, nouveau projet sorti le 13 mars 2026. Elle est de ces artistes qui explorent les infinies possibilités sonores et s’épanouissent en évoluant. Sa dernière mue musicale fut pour nous une belle surprise. 

/

OASIS Art cover par Kevin T. Davis

/

À 31 ans, la rappeuse et chanteuse d’origine franco-ivoirienne a passé la moitié de sa vie à faire de la musique. Ceux qui la suivent depuis des années savent qu’elle ne se laisse ni enfermer dans une case ni dicter une règle de conduite. C’est même le cœur de son œuvre : une bataille pour affirmer fièrement sa différence et y rester fidèle. Cette lutte, elle l’a vécue intimement depuis sa jeunesse. Elle a grandi en étant une jeune femme homosexuelle qui rêve de faire de la musique au sein d’une famille peu sensibilisée à ces questions-là avant d’y être confrontée. Bien qu’elle ait eu le sentiment d’être « différente », elle a été acceptée et soutenue par les siens. Elle a depuis cultivé avec précaution sa singularité, comme une fleur qu’on arroserait au milieu du désert.

/ 

©Fabien Montique pour Vogue

/

Dans le joli et doux 5stArs mUsic interludE de son nouveau projet, elle s’ouvre plus que jamais. Elle évoque sa jeunesse, le deuil de son père, ses premiers amours et ses pérégrinations. Non seulement Lala est différente de la norme mais il semble que sa vie a été un changement permanent. Que ce soit ses lieux de vie, son entourage ou sa musique. Elle a grandi dans la banlieue lyonnaise et a fait ses débuts sur Soundcloud, s’essayant à un rap trap et cloud. Proche du rappeur Jorrdee, de Freeze Corleone et membre du collectif 667 à ses débuts, dans les années 2010, elle s’en éloigna par la suite. Ce qui n’était pas une mauvaise idée puisque plus tard Jorrdee a été condamné pour des faits très graves de violences sur des compagnes et d’harcèlement. 

Lala a vécu à Londres, à Lisbonne, à Paris ou dans ses alentours… Elle a passé du temps en Côte d’Ivoire, où sa mère a vécu la majorité de sa vie. Créant de nouvelles connexions et de nouvelles sonorités à chaque fois, en exploration permanente. Pour son premier album (et troisième projet), Everything Tasteful (2021), elle a mobilisé quinze beatmakers différents, montrant à quel point elle était tout terrain. Trap, cloud rap, sonorités ivoiriennes, influences électroniques ou cyber-punk… Elle ne résiste pas à la tentation de briller sur les musiques qui lui plaisent.

/

/

Sur son nouveau projet, OASIS, on la retrouve plus libre et assumée que jamais. Certaines choses n’ont pas changé : elle rappe sa liberté, sa confiance en sa bonne étoile, sa volonté de tracer sa route, sourde aux avis et jugements d’autrui. Elle fait toujours des odes à ce qu’elle aime le plus : la musique et les femmes, la séduction et la sensualité, la fête et les produits qui font tourner la tête. Elle a conservé son élocution lente, un peu marmonnée ainsi que son utilisation continue et maîtrisée du vocoder. Mais elle est plus compréhensible et accessible que par le passé. Elle propose une musique plus organique. La présence de douces guitares distordues sur le projet appuie l’image de « rockstar » qu’elle cultive. La musique prend parfois des aspects aériens et angéliques, grâce au travail sur des voix qui l’accompagnent, pitchées en aigüe, ralenties et pleines de reverb. C’est une technique popularisée par Kanye West (et maîtrisée à merveille sur Ultralight Beam en ouverture de The Life of Pablo) que Lala lui a habilement emprunté sur des morceaux comme 100Moi, un de nos coups de cœur. Elle nous touche aussi avec une ambiance plus mélancolique sur le très beau pLus En Ligne.

/

/

Au fil du projet, Lala affirme que l’industrie musicale voudrait qu’elle capture « le temps d’attention » du public à tout prix. Mais elle se refuse à faire de la « fast-food music » et préfère prendre son temps pour cuisiner « le plat du réveillon » dans son coin. On lui en sait gré : OASIS est un bonbon musical qui dévoile des saveurs intéressantes au fil des morceaux. Pour celles et ceux qui attendent de la musique pour danser et whiner, ça se passe plutôt dans la seconde partie de l’album. Elle nous surprend en adoptant soudainement un flow zouk à la fin du planant nirvAna. Elle explore un R&B cloud, dépouillé et sensuel sur longtime en collaboration avec Sonny Rave. Sur le très bon 100Piments, morceau qui se rapproche le plus d’un hit festif, c’est une ambiance dancehall que Lala établit. 

Cette variété de couleurs musicales est rendue possible grâce aux compositeurs comme Simon Senn, un pro des arrangements avec qui elle collaborait déjà sur Solstice, son project précédent, et Scolabrique, Modulaw ou Nectar.S qui a signé récemment chez SPKTAQLR, le label chez qui sort OASIS. Ayrton s’est chargé du mix des morceaux, enjeu central pour ce projet dont les nombreux détails et couches sonores font le sel.

/

©Jean-Baptiste Mondino pour Numéro

/


Celle qui se prénomme Mélanie nous rappelle avec humour qu’elle est une observatrice éberluée de notre monde sur l’interlude (cerveau lent). Elle y partage des réflexions qu’on l’imagine avoir développées en scrollant TikTok, stone dans son canapé : « Pourquoi tout le monde est broke, mais tout est hors de prix ? (…) Est-ce qu’il y aura la queue à Tasty Crousty si j’y vais à 18 heures ?! ». On la sent désabusée face au spectacle qu’offre notre société, où tout est « cringe », où l’on baigne dans le « brainrot » et où tout semble fait pour nourrir l’algorithme. Pour autant, elle ne se présent pas comme au-dessus de la mêlée. On constate depuis peu sur TikTok qu’elle aussi a accepté de jouer le jeu, qu’elle essaye de tirer parti de l’algorithme.

Face à l’abrutissement généralisé qui nous menace et à ce monde où tout va trop vite, il est réconfortant de pouvoir compter sur des artistes comme Lala &ce qui prennent un peu de recul. Qui s’autorisent le temps de l’expérimentation pour proposer des choses neuves qui parlent au cœur et au corps, plutôt que de pisser du contenu standardisé en espérant un buzz éphémère. Ce projet est l’un des oasis résistants dans le désert grandissant d’une culture qui se marchandise. Lala confirme sur le morceau d’outro, Gatsby, qu’elle n’est pas prête de dévier de sa ligne : liberté, exploration et exigence musicales. Si vous souhaitez prendre le temps de vous plonger dans cet OASIS, voici une œuvre idéale : un film de 20 minutes où Lala performe en live et avec des instrumentistes, certains des meilleurs morceaux du projet.  

/

/

OASIS est disponible via SPKTAQLR / Sony Music Entertainment France.

/

/

Texte Antoine Clairefond – Le Rapporteur 

Image de couverture Jean-Baptiste Mondino pour Numéro

/

/