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En 2026, on ne peut plus le nier : la mode et la musique sont deux sujets intimement liés et même complémentaires. On a pu le voir à travers les dernières Fashion Week, les artistes musicaux sont omniprésents que ce soit sur le podium ou en tant que spectateurs. Aujourd’hui, on ne juge plus un artiste seulement sur sa musique, mais aussi sur toute la direction artistique qui l’accompagne. Tous se concentrent maintenant sur la création de leur personnage et de leur univers, c’est devenu primordial. C’est pour cela que nous avons choisi de faire un Top 5 d’artistes de différents genres musicaux avec des univers et styles bien distincts. Ici, pas de choix faciles façon A$AP Rocky : du déjà-vu, encore et encore. Place à la sélection Modzik, avec des sujets riches et passionnants à explorer, tant pour la diversité des tenues que pour le travail de l’image.
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Theodora : Une présence qui dérange et libère
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Dans un paysage encore obsédé par les corps calibrés, entre fantasme des top models 90s et archétype de la vixen parfaite, Theodora débarque et change l’ambiance. Elle dérange, oui. Mais surtout, elle nous libère. Nous à qui on a trop souvent fait comprendre qu’elles étaient « en trop », « pas assez », ou juste pas à leur place. Crop tops, strings, mini-jupes : chez elle, le sexy n’est pas conditionné. Il n’est pas réservé. Il n’est pas négocié. Le corps n’est plus un problème à corriger, c’est le point de départ. Et il est glorifié comme tel. Ce que Theodora fait, c’est simple et radical. Elle porte exactement ce qu’on a longtemps refusé à certains corps. Et du coup, elle ouvre une porte. Une vraie. Celle où être désirable ne dépend plus de rentrer dans une case. Et forcément, ça dérange. Parce que quand une femme noire, avec un corps qu’on a appris à critiquer, décide d’être sexy sans filtre, ça casse tout un système.
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Au fil de ses apparitions, son style s’est affirmé dans une direction claire : moins de compromis, plus de présence. Là où certaines trajectoires cherchent à lisser, Theodora fait l’inverse. Elle accentue. Elle insiste. Elle pousse. Ses silhouettes deviennent plus frontales, plus sensuelles, mais aussi plus libres. Le sexy n’est plus une performance attendue, c’est une décision personnelle. Et ça se ressent aussi dans sa musique : même énergie brute, même refus de rentrer dans des cases. Chez elle, le son et le style avancent ensemble, sans chercher à rassurer : Sexy Music 4 Life.
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Theodora ne s’inscrit pas dans une mode traditionnelle, calibrée pour les podiums ou les tendances. Elle est ailleurs. Son impact se joue surtout dans l’image : performances, visuels, apparitions publiques. Elle impose une esthétique qui échappe aux standards, mais qui marque. Elle ouvre surtout une brèche : celle d’un sexy non conditionné. D’un style accessible à des corps longtemps exclus de ces codes. Et forcément, ça dérange parce que ça déplace les règles du jeu.
Elle ne se contente pas d’être bien habillée. Elle change la manière dont certains corps peuvent exister dans la mode. Aux Flammes, elle le disait pour « les filles noires un peu bizarres ». Et si ça résonne autant, c’est peut-être parce que pour une fois, personne ne demande d’être plus lisse, plus petite, plus acceptable. Juste d’être là. Entière.
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Tyla : Le style comme seconde peau
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Avec Tyla, tout a l’air simple. Presque trop. Silhouettes près du corps, tailles basses, matières qui brillent ou qui glissent, son style fonctionne comme une seconde peau. Il accompagne le mouvement, il capte la lumière, il attire le regard sans jamais forcer. Elle s’inscrit dans une esthétique pop, Y2K, sexy mais avec une fluidité qui la rend immédiatement actuelle.
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Au fil de sa montée, Tyla a affiné une identité très claire : un sexy maîtrisé, jamais figé. Ses looks gagnent en précision. Plus construits, plus pensés, mais toujours avec cette sensation d’évidence. Elle ne change pas radicalement, elle évolue en finesse. Elle garde ses codes (taille basse, matières fluides, silhouettes proches du corps) mais les adapte à chaque scène, chaque apparition. Sa musique suit la même logique : des sonorités qui circulent, entre afro pop, R&B et influences globales. Son style, comme son son, ne reste jamais au même endroit.
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Tyla s’inscrit pleinement dans une culture mode contemporaine, pensée pour l’image. Red carpets, performances, éditos : chaque apparition est travaillée comme un moment visuel. Elle comprend parfaitement comment un look existe aujourd’hui sur scène, mais aussi à l’écran, dans les feeds, dans la viralité. Son esthétique dialogue avec la mode globale : références Y2K, silhouettes pop, textures lumineuses. Elle ne casse pas les codes, elle les rend désirables à nouveau.
Chez elle, le style ne cherche pas à prouver quelque chose. Il circule. Il s’impose. Il reste. Son rapport au vêtement est instinctif, mais précis. Sexy, mais jamais forcé. Et c’est peut-être ça, sa vraie force : rendre évident quelque chose qui, chez d’autres, demande encore des efforts.
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Destroy Lonely : La définition même d’une image assumée
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Depuis 2020, Bobby Wardell Sandimanie III, aka Destroy Lonely, impose son style dans le monde musical grâce au collectif Opium dont Playboi Carti est à la tête. Le rappeur d’Atlanta aussi appelé Lone est plus que reconnaissable à travers ses silhouettes sombres. On peut qualifier son style de dark, gothique, avant-gardiste, mêlant luxe et streetwear. Opium est plus qu’un simple sous-label, c’est une équipe qui a su imposer son esthétique et inspirer toute une génération. Alors, comment reconnaît-on Destroy Lonely ? Outfit full black, pantalon Balenciaga de l’ère Demna, bijoux icy et chaînes personnalisées, cuir et bottes Rick Owens. Parfois même, Rick Owens de la tête aux pieds. Le personnage est clair : un style unique, cohérent et immédiatement identifiable. Et c’est justement ce qu’on aime chez lui !
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Destroy Lonely, qui se fait appeler le Top Floor Boss, n’est pas devenu l’icône qu’il est aujourd’hui en un jour. Au fil des années, son style a évolué, fidèle à l’esthétique qu’il imaginait depuis ses premières inspirations. Ce qui est remarquable, chez lui et Opium en général, c’est la construction de leur univers visuel à travers leurs albums. Comme Playboi Carti et Whole Lotta Red, chaque projet devient un univers : rap inspiration punk, grosses 808 et un artiste transformé, qualifié de vampire complètement fou, avec des dreadlocks rouges. Destroy Lonely applique le même schéma : un album, un rollout, un univers. Au fil du temps, sa musique s’assombrit ou évolue, et son style suit naturellement. No Stylist : silhouettes minimalistes et dark, avec des pièces comme Raf Simons. If Looks Could Kill : plus sombre, full black, Rick Owens et Balenciaga, un look qui frappe. Broken Hearts 3 : gothique mais plus travaillé, avec touches de couleur et streetwear.

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Lone n’est plus simplement un artiste : il est devenu un véritable acteur du monde de la mode. Grand consommateur de ce système, il affirme son intérêt à travers des outfits composés de pièces de luxe, portées au quotidien. Destroy Lonely s’inscrit dans des univers précis, chaque maison qu’il porte ou pour laquelle il défile est cohérente dans l’esthétique. Cette logique se retrouve jusque dans les événements majeurs. Présent aux dernières Fashion Weeks, notamment lors des défilés Rick Owens SS26 et FW26, il s’impose au premier rang en tant que spectateur. Mais il ne s’y contente pas d’observer. Il défile également, avec 1017 ALYX 9SM lors de la FW22, son premier défilé, puis plus récemment pour Vetements SS25. Invité, choisi, il est aujourd’hui reconnu par les designers et l’industrie. Lone n’est plus un outsider : il fait pleinement partie de ce monde. Son image s’impose, et son influence dépasse désormais le cadre musical. Destroy Lonely ne suit aucun standard : il impose le sien.
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Kalika : Glamour Trash
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Kalika impose une esthétique qui n’appartient qu’à elle. Bold, camp, à l’image de sa musique : ultra colorée, edgy, presque épileptique. Son univers visuel est une claque immédiate. Ses silhouettes flirtent avec le trash, mais rien n’est laissé au hasard. Tout est construit, presque géométrique, dans le détail. Aux commandes de ses tenues les plus iconiques : sa styliste Evabgt, qui façonne une esthétique « pin-up destroy ». Des looks ultra codifiés, reconnaissables entre mille, qui posent les bases d’un véritable ADN Kalika.
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Artiste émergente, elle impose autant sa voix que son image. Avec audace, avec insolence. Chez elle, tout sonne un peu comme une crise d’adolescence : touchante, rebelle, électrique. Et c’est exactement ce qui traverse sa musique : des émotions brutes, presque à vif, portées par des prods saturées, nerveuses, où tout semble prêt à exploser.
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Talons jaunes fluo, coiffures à la Amy Winehouse, lèvres bleu électrique ou rose bonbon, attitude volontairement trashy… Kalika crée un melting pot entre chav culture, fin des années 2010 et fantasme pin-up déconstruit. Une esthétique qui fait écho à ses morceaux : hybrides, imprévisibles, entre pop, électro et énergie punk. Mais derrière cette apparente excentricité, tout est maîtrisé. Kalika joue avec les codes, les tord, les amplifie. Elle performe une féminité à la fois brute et théâtrale, consciente de son image et en contrôle total, comme dans ses textes, où elle oscille entre vulnérabilité et puissance. Son univers, lui, reste profondément mélancolique. Une pop étrange, presque « chapelier fou coded », où le chaos visuel devient signature, et où chaque look prolonge une narration musicale déjà très incarnée. Kalika n’est pas seulement identifiable : elle est inoubliable.
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FKA twigs : Sacred Avant-Garde
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FKA twigs ne s’habille pas, elle performe. Chaque apparition est pensée comme une extension directe de sa musique : sensorielle, hybride, presque mystique. Son esthétique est difficile à enfermer dans une case. Entre sacré et futurisme, douceur et tension, elle construit une silhouette mouvante, en constante mutation. Comme sa musique, son style refuse les frontières. Chez elle, le corps est central. Il devient un outil narratif, un médium. Corsets sculpturaux, matières secondes peau, transparences, bijoux organiques… tout semble pensé pour accompagner le mouvement, la danse, la performance. Rien n’est figé. Très liée au monde de la mode, elle collabore avec des créateurs qui partagent cette vision expérimentale : Mugler, Rick Owens, Comme des Garçons ou encore Valentino. Des maisons qui, comme elle, explorent les limites du corps et du vêtement.
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Mais plus qu’une muse, FKA twigs est une directrice artistique. Elle façonne ses visuels, ses clips, ses performances avec une précision presque chorégraphique. On pense notamment à ses ères musicales, chacune marquée par une transformation visuelle radicale. LP1 : minimalisme brut, sensualité froide, presque fragile. MAGDALENE : esthétique sacrée, références religieuses, émotion à vif. CAPRISONGS : plus libre, plus pop, plus intime, mais toujours contrôlée. Sa mode suit exactement cette évolution. Chaque projet redéfinit sa silhouette, comme un nouveau personnage.
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Ce qui fascine chez elle, c’est cette capacité à rendre le vêtement émotionnel. Chez twigs, un look n’est jamais décoratif : il raconte, il prolonge, il amplifie. Entre danse, musique et mode, elle crée un langage à part. FKA twigs n’est pas une icône de style classique. Elle est une œuvre d’art en mouvement.
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Texte Maël Delanoë, Hanaé Mamoum et Nefertari Remir
Image de couverture Max Durante, Annie Reid, Theopaul Dufour, @booska_p, @resident_advisor
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