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Si 2016 revient aujourd’hui, avec autant de force, ce n’est pas uniquement de la nostalgie. Cette année est devenue une véritable référence esthétique et culturelle, dans lequel une génération continue de puiser. Elle représente un moment charnière où la mode, la musique et les réseaux sociaux dialoguaient encore de manière instinctive, avant d’être pleinement institutionnalisés. Le revival 2016 n’est donc pas une simple copie du passé, mais une réappropriation.
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Nostalgie 2016 : quand la mode et la musique regardent dix ans en arrière
Alors que tout le monde est nostalgique et réclame un bond dix ans en arrière, à défaut d’avoir une machine à remonter dans le temps, essayons de nous plonger dans cette ère en observant ce qui a marqué 2016, autant dans la mode que dans la musique.
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Pourquoi une nostalgie universelle pour 2016 ?
La mode fonctionne par cycles, mais certaines périodes reviennent avec plus de force que d’autres. 2016 fait partie de ces années devenues iconic. C’est une époque perçue comme plus spontanée, plus insouciante, située juste avant une succession de bouleversements mondiaux, sociaux et numériques. Les réseaux sociaux y étaient déjà omniprésents, mais encore ludiques, moins normés et moins esthétiquement figés. Cette nostalgie est aussi générationnelle. Pour beaucoup, 2016 est liée à l’adolescence ou au début de l’âge adulte : une période de construction identitaire où la mode et la musique étaient des terrains d’expérimentation libres. Revenir à cette esthétique, c’est retrouver une forme de confort émotionnel, loin de la perfection algorithmique actuelle.
Les tendances vestimentaires emblématiques de l’ère 2016
2016 marque l’âge d’or du streetwear grand public. Hoodies oversize, joggings, t-shirts graphiques et sneakers deviennent des pièces centrales du vestiaire quotidien. Des marques comme Supreme, Palace ou Vetements redéfinissent le luxe en l’amenant dans la rue.
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La logomania règne : logos XXL, sacs siglés, ceintures visibles et branding frontal deviennent des marqueurs de style. Porter une marque, c’est afficher une appartenance culturelle autant qu’esthétique. En parallèle, un minimalisme sexy inspiré des années 90 s’impose. Robes slip, tops fins à bretelles, chokers, palettes neutres : une sensualité discrète incarnée par des silhouettes épurées et des matières fluides.
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Le denim domine sous toutes ses formes. Taille haute, mom jeans, vestes oversized, total looks denim : usé, déchiré ou customisé, il devient une véritable toile d’expression personnelle.
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Les accessoires sont statement. Bottines à talons carrés, cuissardes, sacs mini, lunettes étroites ou teintées : ils sont forts, parfois excessifs, toujours visibles, et donnent au look toute son identité.
La mode est indissociable de la musique. Le hip-hop et le R&B dominent la scène culturelle et influencent directement les silhouettes. Kanye West s’impose avec Yeezy, entre neutralité, volumes amples et allure post-apocalyptique. Yeezy devient un must dans le vestiaire des jeunes et une course vers des produits rares et onéreux.
Rihanna brouille les frontières entre féminité et streetwear, tandis que Drake, Travis Scott ou A$AP Rocky deviennent de véritables références stylistiques. Côté pop, l’ère Tumblr (plateforme de micro-blogging visuel alternatif) bat son plein : looks effortless, inspirations grunge et revival 90s accompagnent des artistes comme Lana Del Rey, The Weeknd ou Lorde. La musique ne se contente plus d’être écoutée : elle se porte.
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Comment parler de 2016 sans mentionner King Kylie ?
Difficile d’évoquer la mode de 2016 sans faire référence à Kylie Jenner, véritable icône de l’époque. Surnommée King Kylie, elle incarne à elle seule l’esthétique de toute une génération. Inspirée du style et du lifestyle d’Heather Sanders, personnalité publique importante aux États-Unis, elle popularise cheveux colorés, lèvres surlignées, looks ultra sexy et silhouettes pulpeuses.
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Crop tops, ensembles coordonnés, robes moulantes, mini-shorts taille haute, cuissardes et bombers composent un vestiaire à la fois provocant et accessible. Le maquillage est marqué : contouring indispensable, sourcils structurés. La beauté devient indissociable de la mode, le make-up est un accessoire à part entière. L’esthétique King Kylie symbolise aussi l’essor d’Instagram comme plateforme prescriptrice de tendances. Les looks ne sont plus seulement portés, ils sont pensés pour être photographiés, partagés et reproduits. Cette ère marque un tournant : celui d’une mode hyper visuelle, instantanée, où l’influence se mesure en likes et en vues.
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2016 : une année musicale charnière
Dans le monde de la musique, 2016 fonctionne comme un pivot : fin de l’ère Tumblr/neo-grunge, début d’une pop EDM ultra lumineuse. La trap et le dancehall deviennent mainstream, la pop devient hybride, SoundCloud explose et les contre-cultures d’hier deviennent les tendances d’aujourd’hui mais également de demain.
Des titres comme One Dance (Drake), Work (Rihanna), Closer (The Chainsmokers) ou Cheap Thrills (Sia) définissent l’ADN sonore de l’époque. Ces titres proposent une forme d’évasion lumineuse : tempo dansant, toplines simples, hook immédiat, production glossées.
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Trap, rap et dancehall qui basculent au centre
En parallèle, la trap et le rap passent du statut de sous-culture à celui de norme. Drake impose une trap mélodique et introspective, tandis que Migos, Future, Travis Scott, Young Thug ou 21 Savage installent définitivement les signatures sonores du genre (triplets, hi‑hats mitraillettes, 808 ultra présentes, ad‑libs omniprésents). Le dancehall et les rythmes caribéens deviennent le moteur de la pop : Work de Rihanna et l’album Anti ancrent une esthétique dancehall/mid‑tempo qui influence massivement la radio et les clubs. La frontière entre rap, R&B, pop et sons dit « tropicaux » se dissout, ce qui ouvre la voie à la pop hybride qu’on retrouve encore en 2026.
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2016 marque aussi le moment où SoundCloud cesse d’être un simple hébergeur de démos pour devenir un véritable incubateur de genres. Le « SoundCloud rap » s’impose : beats distordus, auto-tune poussé, influences punk et emo, le tout fabriqué, depuis les chambres d’ado des artistes, sans passer par les labels. Yung Lean, déjà installé depuis 2013 avec Ginseng Strip 2002, incarne le cloud rap. En 2016, Warlord pousse ce son vers une trap glaciale et dystopique, annonçant le rap emo et les tendances « sad boy » de la fin des années 2010.
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Autour de lui, toute une galaxie de rappeurs SoundCloud (Lil Peep, XXXTentacion, Lil Uzi Vert, Playboi Carti, etc.) mélange emo, punk, trap et influences cloud, commence à faire des chiffres comparables à ceux d’artistes installés. Des micro‑scènes comme le cloud rap, le vaporwave, le witch house ou certaines variantes de la trap expérimentale ne restent plus confinées à Internet : c’est justement grâce à leur accessibilité sur SoundCloud et YouTube qu’elles irriguent désormais les productions mainstream, des adlibs jusqu’aux choix de synthés. On voit aussi des producteurs EDM/future bass comme Flume, Marshmello ou encore Cashmere Cat incorporer des sensibilités très « SoundCloud » (textures granuleuses, structures non conventionnelles) dans des collaborations pop.
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Les ovnis canonisés : Lemonade et Blonde
Au milieu de cette vague de pop EDM lumineuse, de trap hégémonique et de dancehall globalisé, 2016 est aussi l’année où sortent deux projets « ovnis » : Lemonade de Beyoncé et Blonde de Frank Ocean. Ces albums ne se contentent pas d’accompagner les tendances sonores du moment, ils les tordent, les complexifient, et ouvrent des portes esthétiques que la pop passera des années à rattraper. Là où Lemonade mêle R&B, rock, gospel et spoken word dans un récit intime et politique, Blonde propose un R&B déconstruit, minimaliste et introspectif. Deux œuvres majeures qui prouvent qu’en 2016, la pop pouvait être ambitieuse et radicale.
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2016–2026 : nostalgie et romantisation
Alors, dix ans plus tard, 2016 est perçue comme une sorte de dernier été de l’innocence. Pré-pandémie, pré-fatigue des réseaux et pré-crises pleinement intégrées, cette année apparaît aujourd’hui comme un refuge esthétique. En 2026, la nostalgie ne consiste pas à copier 2016, mais à la réécrire comme un mythe : celui d’une époque déjà instable, mais où la créativité semblait encore primer sur l’algorithme.
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Texte Nefertari Remir et Tiphaine Riant
Image de couverture Instagram @kourtneykardash (2016)
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