/
NEWS !
/
/
De retour ce vendredi 20 mars, underscores signe avec U son disque le plus frontalement pop et, paradoxalement, l’un de ses plus aventureux. Avec ce nouveau projet, la princesse de l’hyperpop se rêve désormais en véritable architecte du son de toute une génération.
De fishmonger à U
Derrière l’énigmatique pseudo d’underscores se cache April Harper Grey, l’une des plumes et productrices les plus excitantes du post‑hyperpop. Avec fishmonger en 2021, elle pose son premier long format : mélange hyperactif d’hyperpop, de dubstep et de guitares pop‑punk façon début 2000 à la Avril Lavigne, porté par des titres comme Spoiled little brat où elle lançait déjà « I’m a pop star, baby ». Wallsocket, sorti en 2023, élargit encore le spectre : elle y propose garage rock, electroclash, glitchcore, midwest emo ou même folk dans un chaos à peine contrôlé.
/
/
Pop star era et consécration
Avec U, troisième album paru chez Mom+Pop, underscores assume pleinement cette bascule vers un format de pop star, en condensant ses idées dans un disque plus court, plus lisible, mais toujours mutant. La critique s’enflamme : Pitchfork lui décerne la mention Best New Music avec une note de 8,6, signe que son passage du circuit digicore/hyperpop à une pop tirant vers quelque chose de moins niche se fait sans renier sa singularité.
/
Les trois singles : clip, choré, k‑pop
U se présente d’abord à travers un triptyque de singles pensé comme une carte de visite ultra lisible. Music, premier extrait, joue le rôle du single catchy : une structure pensée pour la scène, des synthés brillants, et surtout un clip qui la cadre déjà comme une star pop à part entière plutôt qu’une productrice de niche. Do It pousse encore plus loin cette logique en embrassant sans complexe des codes k‑pop et R&B/dance‑pop des années 2000, jusque dans sa vidéo centrée sur une dance performance, reflets de chorés façon clips de Justin Timberlake ou Britney Spears. Le morceau s’offre même un prolongement avec un remix porté par la chanteuse Yves, membre du groupe de k‑pop LOONA. Enfin, Tell Me (U Want It) complète ce front de singles en version plus émotionnelle : une écriture plus intime, un son moins explosif et plus axé dans la progression, où l’on sent déjà le penchant de l’album pour une hyperpop qui accepte de respirer et d’évoluer.
/
/
Mais l’album ne se limite pas à une simple collection de sons : c’est une véritable era créative, presque un album‑concept autour de l’idée de musique comme seconde peau, comme quelque chose qui colle au corps et à l’esprit. Littéralement. Dans le clip de Music, la chanteuse porte de nombreux casques de musiques qui se suivent sur sa tête dans un montage exalté. Cette succession de casques devient un motif central : la musique vient littéralement se poser sur sa tête, se brancher sur son cerveau, recomposer son identité visuelle à chaque cut. On retrouve cette idée dans Do It, et ce de manière plus radicale encore : underscores y arbore une nouvelle coiffure où un casque blond est déteint sur ses cheveux, fusion permanente entre le corps et l’objet musical. Dans Tell Me You Want It, elle finit par décliner ce motif avec plusieurs perruques (l’une blonde, l’autre rouge), marquées par la même décoloration en forme de casque. Ce fil visuel trace un chemin créatif très concret : la musique n’est plus seulement un thème, elle s’implante dans le corps, elle marque les tissus, et elle transforme underscores et son oeuvre à mesure qu’elle la nourrit et l’inspire.
/
/
Ainsi, ces trois titres installent la promesse : chorégraphies, refrains catchy, mais production ultra ciselée, qui refuse quand même le mainstream qui passe à la radio au profit de progressions un peu de travers, typiques de son écriture. Et surtout, elles sont la colonne vertébrale sémantique d’un ensemble, d’un corps esthétique et sonique bien plus grand.
/
Les autres morceaux phares
Au-delà des singles, U aligne une série de morceaux qui circulent entre plusieurs époques de la pop tout en gardant une vraie cohérence d’ensemble. Et une véritable valeur thématique. Par exemple, Hollywood Forever est un bijou de tension sociale sur le rêve californien. Underscores prête sa voix à un personnage fasciné par une vie de luxe nouvelle, mais remarque le mépris des riches sur son « électronique cassée » et le job de son père. Le thème central ? Ce conflit de classes où elle revendique son droit à la célébrité (« Don’t you wanna come be famous with me? »), ironise sur l’hypocrisie hollywoodienne (« Aren’t we all so Hollywood? ») et finit presque cynique avec « just don’t bury me in Hollywood Forever ». Côté instru, c’est du R&B 90’s en surface ; avec une guitare acoustique juxtaposée à des sonorités dreamy et éthérées. Le tout finit par basculer en hyperpop glitchée dès le refrain : on perçoit grésillements et textures saturées qui ramènent à Wallsocket. Cette tension thématique, elle la transpose pile poil par ce contraste : le rêve lisse qui craque en glitch.
Innuendo (I Get U) est l’un des grands moments du disque : un morceau favori chez plusieurs critiques, qui joue sur le va‑et‑vient entre tension et relâchement, et sur un sens du détail dans les synthés qui rappelle autant le bubblegum bass que la k‑pop haut de gamme.
/
/
Bodyfeeling, autre sommet du projet, fait office de passerelle entre Wallsocket et cette nouvelle ère : structure plus linéaire en apparence, mais arrangement truffé de breaks, de petites dissonances, d’empilements vocaux qui trahissent sa patte d’ancienne enfant terrible de la scène digicore. Sur l’ensemble de la tracklist, U se permet ainsi la ballade, le hit presque mainstream, le mid‑tempo R&B : sans jamais perdre le fil, la musique.
/
Un disque plus calme, pas moins expérimental
U est sans doute le disque le plus « calme » d’underscores si on le compare à la frénésie de Wallsocket ou à la saturation de fishmonger, mais il n’est en rien un projet sage. Là où les précédents albums empilaient les explosions, celui‑ci mise sur des progressions très travaillées : entre refrains qui n’arrivent pas là où on les attend et ponts qui bifurquent vers un autre genre. Puis encore un autre.
En filigrane, U donne l’impression que la pop dite mainstream vient enfin chercher underscores sur son propre terrain, et non l’inverse. Un disque où la princesse hyperpop, plutôt que de se ranger, invite le format pop à se dérégler doucement avec elle.
/
/
U est disponible via Mom+Pop.
/
/
Texte Tiphaine Riant
Image de couverture Bailey Krawczyk
/
/




