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Dimanche dernier, à la London Fashion Week, le défilé Automne/Hiver 2026 de Simoche Rocha a confirmé ce que l’on pressent depuis plusieurs saisons : Adidas n’est plus seulement une marque de sport, elle est devenue une matière première de création.
Durant ce défilé, les trois bandes se mêlaient aux tulles romantiques, aux rubans et aux volumes sculpturaux propres à Rocha. Les vestes de tracksuit devenaient presque Couture, les sneakers s’intégraient à des silhouettes délicates et l’héritage sportswear se voyait injecté d’une sensibilité presque victorienne. Ce n’était pas une simple collaboration, mais une démonstration : Adidas est aujourd’hui un vocabulaire que les créateurs s’approprient, déconstruisent et réécrivent.
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Mais si la scène londonienne incarne l’actualité, l’histoire d’Adidas dans la mode est bien plus profonde et politique.
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L’épisode soviétique : quand les trois bandes traversent le Rideau de Fer
Fondée en 1949 en Allemagne par Adolf (Adi) Dassler, Adidas naît dans la performance sportive. Pourtant son impact culturel dépasse très vite le terrain.
Dans les années 70, la marque pénètre un territoire inattendu : l’URSS. À l’approche des Jeux Olympiques d’été de 1980, organisés à Moscou, le pouvoir soviétique souhaite moderniser l’image de ses athlètes et améliorer la qualité de ses équipements sportifs. Malgré un contexte idéologique profondément anti-capitaliste, des accords sont conclus avec Adidas pour fournir chaussures et vêtements techniques aux équipes soviétiques. Le paradoxe est total : une marque ouest-allemande devient fournisseur d’un État communiste en pleine Guerre Froide. Mais cette présence ne pouvait pas être frontale. L’URSS refuse l’exposition trop visible d’un logo occidental sur ses sportifs nationaux. Adidas doit alors s’adapter. La production est en partie localisée via des licences dans des usines soviétiques (notamment à Moscou et dans d’autres républiques) et le branding est atténué. Sur certaines pièces, les fameuses trois bandes sont simplifiées (au départ deux bandes) et/ou rendu moins identifiables. L’objectif est clair : bénéficier de la technologie et du savoir faire Adidas sans afficher ostensiblement un symbole capitaliste.
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Après les Jeux de 1980, malgré le boycott occidental, l’empreinte d’Adidas reste. Les produits circulent, parfois officiellement, parfois de manière plus informelle.
À partir de là, la marque s’ancre définitivement dans les pays de l’Est et devient plus qu’un équipement : un symbole. Rare, désirable, clandestin. Porter un survêtement Adidas en Union Soviétique, c’était porter un fragment d’Occident. En Russie, en Pologne, en Ukraine, le tracksuit Adidas devient uniforme urbain. Il est adapté par différentes sous cultures, intégré à la vie quotidienne, photographié, détourné, revendiqué.
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Les trois bandes ne sont plus seulement un logo : elles deviennent un marqueur culturel. Une esthétique. Une appartenance.
Aujourd’hui encore, dans l’imaginaire collectif d’Europe de l’Est, Adidas fait partie du paysage visuel au même titre que certaines architectures brutalistes ou que les places publiques post-soviétiques. La marque a traversé les systèmes politiques pour devenir culture.
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Adidas, matière première des créateurs contemporain
L’histoire contemporaine d’Adidas dans la mode est marquée par de nombreux échanges entre son ADN sportif et l’imaginaire des Maisons de Haute Couture, preuve que la mode ne se contente plus d’appliquer des codes, elle les réinvente en miroir.
Ce qui rend la collaboration avec Simone Rocha si pertinente, c’est qu’elle s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large. Depuis des années et spécialement ces dernières semaines, Adidas multiplie les dialogues créatifs.
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Avec Willy Chavarria, la marque explore une vision plus politique et inclusive du sportswear, ancrée dans la culture chicano et les questions d’identité. Les silhouettes sont amples, puissantes, presque manifeste.
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Avec la Fondation Bob Marley, Adidas célèbre un héritage musical et culture où le vêtement devient vecteur de message. Ici, les trois bandes dialoguent avec l’histoire du reggae, de la diaspora et de l’émancipation.
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Avec Miaou, la marque joue un autre registre : celui d’une féminité plus sensuelle, plus contemporaine, où le sportswear épouse une silhouette plus mode, plus assumée.
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Et puis il y a Simone Rocha, qui apporte la preuve ultime : Adidas peut aussi exister dans un univers romantique, presque poétique, sans perdre son ADN.
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De la rue au podium : une marque devenue culture
Adidas a réussi ce que peu de marques sportives ont su accomplir : devenir un élément transversal de la mode. Elle est à la fois archive, uniforme, luxe, statement et terrain d’expérimentation. Elle appartient autant à la rue qu’aux Fashion Weeks. Si l’on observe attentivement les défilés récents, les collaborations et la manière dont les jeunes générations consomment le vêtement, une évidence apparaît : Adidas n’est plus seulement une marque que l’on porte pour courir. C’est une marque que l’on porte pour signifier. Et c’est précisément cette capacité à traverser les époques, les idéologies et les esthétiques qui fait aujourd’hui sa puissance dans la mode.
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Texte Nefertari Remir
Image en couverture @simonerocha
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