/
La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.
/
NAÏKA – WELCOME TO ECLESIA
Naïka s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus singulières de la pop et du R&B contemporains. Née à Miami en 1998, de culture franco-haïtienne, elle a grandi entre la France, la Caraïbe et les États-Unis. Cette trajectoire nomade nourrit une identité plurielle qui traverse sa musique, tant dans les langues qu’elle explore que dans les couleurs sonores qu’elle convoque. Avec Eclesia, son premier album, Naïka imagine un véritable lieu de convergence : un espace symbolique où dialoguent ses héritages, ses influences et ses émotions. Pensé comme un point de rencontre entre différentes facettes d’elle-même, le projet reflète une vision artistique globale, intime et ouverte sur le monde. Autrice, compositrice et productrice, formée au Berklee College of Music, elle y déploie une maîtrise qui conjugue exigence et sensibilité. Les premiers extraits : Matador, Bloom, Blessings, One Track Mind et désormais Welcome To Eclesia illustrent cette richesse stylistique et cette capacité à naviguer entre les genres sans jamais perdre en cohérence. Au cœur du disque, Soleil apparaît comme une respiration. Interprétée en français, cette rumba au charme subtilement rétro évoque l’élégance intemporelle d’un Jardin d’Hiver de Henri Salvador. Le titre révèle une facette plus douce et nostalgique de son univers, où la lumière se teinte de mélancolie. À travers ces morceaux se dessine un véritable cheminement émotionnel, fait d’élans amoureux, de désillusions et d’affirmation personnelle. Les arrangements, à la fois précis et épurés, laissent toute sa place à la voix de Naïka, capable d’osciller entre fragilité et intensité. La production, élégante et immersive, enveloppe l’ensemble d’une atmosphère raffinée. Décrivant sa musique comme « un pont entre les cultures que j’ai traversées », Naïka incarne pleinement cette ambition dans Eclesia. Son écriture, intime mais imagée, touche à l’universel sans jamais renier sa singularité. En brouillant les frontières entre pop, R&B, soul et influences du monde, elle façonne un univers cohérent, émotionnel et résolument multiculturel. Entre ambition artistique et vision affirmée, Naïka confirme avec Eclesia son statut d’artiste appelée à s’inscrire dans la durée, signant l’un des projets marquants de la pop contemporaine en 2026. (LFC)
Welcome To Eclesia est disponible via Naïka Music/AWAL. En concert à Paris les 5 mars 2026 (Elysée Montmartre) et 8 mars 2026 (Pleyel).
/
CLAÏMAX – MR5H
À 25 ans, Claïna Clavaron, aka Claïmax, a déjà quitté la Comédie-Française après plusieurs années dans la troupe. Elle a joué au cinéma, posté des reprises sur SoundCloud, chanté et dansé dans un ballet contemporain et s’apprête à dévoiler en mars un EP, « le premier chapitre de son journal musical ». Son CV vertigineux atteste d’une passion créative et d’un besoin d’expression immenses. Son féroce appétit artistique n’a pas été nourri en de si hauts lieux grâce à des parents influents qui l’auraient pistonnée, mais bien grâce à son travail et son talent, Claïna ayant connu l’orphelinat dans la petite enfance avant d’être adoptée. Ce parcours digne d’un roman, ce n’est pas ce qui nous pousse à la présenter : on l’ignorait en découvrant sa musique. On le fait parce qu’elle nous a ému dès le premier morceau, Mr5h, qu’elle a écrit, composé et dont elle produit elle-même le clip. Certes, elle n’a pas autant d’expérience de parolière que de comédienne. Mais elle est habitée par une sensibilité et une émotion brutes qui compensent. Qui décide de débarquer dans l’industrie musicale avec une chanson à propos d’un homme sans domicile fixe qu’elle observait chaque matin, buvant sa mauvaise bière sur les quais du métro, dans l’indifférence générale ? C’est Claïmax, qui sait au plus profond de sa chair qu’on ne maîtrise pas tout de son parcours. Qu’on doit faire avec les cartes que la vie nous donne, parfois dégueulasses. Et que juger les gens à leur apparence est un jeu dangereux, presque inhumain. Claïmax a une superbe voix. La puissance d’interprétation d’une grande comédienne (au risque de trop tomber dans la théâtralité parfois). Une histoire poignante à raconter et une palette artistique large. On suit attentivement le début de son ascension. (AC-Le Rapporteur)
Mr5h est disponible via Upton Park et Claina Cavaron. Claïmax sera en première partie de Exils le 9 mars au Café de la Danse à Paris.
/
THUNDERCAT – SHE KNOWS TOO MUCH (FEAT. MAC MILLER)
She Knows Too Much est le quatrième extrait de Distracted, le cinquième album studio attendu le 3 avril 2026 de Thundercat, premier long format depuis It Is What It Is (2020). Derrière Stephen Bruner, ex-bassiste de Suicidal Tendencies devenu pilier de la galaxie L.A., il y a toujours ce funambule entre jazz-fusion, funk, R&B vaporeux et pop psyché, la basse en étendard et l’auto-dérision en bouclier. Avant ce nouveau titre, Distracted s’est dévoilé par strates : I Did This To Myself (feat. Lil Yachty), premier single officiel co-produit avec Flying Lotus, disséquait la responsabilité personnelle et l’épuisement contemporain sur un groove foisonnant ; No More Lies avec Tame Impala injectait une mélancolie synthétique ; I Wish I Didn’t Waste Your Time, teasé dès 2025, installait un récit plus direct. Trois jalons qui confirmaient un disque oscillant entre précision pop, impulsée par Greg Kurstin et arrangements foisonnants, enrichis par Kenny Beats et The Lemon Twigs. She Knows Too Much ajoute une charge émotionnelle singulière : un couplet posthume de Mac Miller, disparu en 2018, ami intime de Thundercat. Initié avant sa mort puis finalisé avec l’accord de ses ayants droit, le morceau capte leur complicité intacte. « Je suis reconnaissant d’avoir passé mon temps sur cette planète avec Mac », a déclaré Stephen. « Quel artiste, quel esprit, quelle joie d’avoir vécu cela. » Le titre est accompagnée d’une vidéo réalisée par Léa Esmaili, qui est entièrement animée et cherche à capturer le lien fort qu’entretenaient les deux artistes. Un objectif créatif clé était la conception des personnages. Esmaili a passé beaucoup de temps à explorer comment Mac et Thundercat apparaîtraient à travers des dimensions changeantes, créant des interprétations singulières et badass qui s’adaptent fluidiquement à chaque univers animé. Basse souple, falsetto brumeux, rythme lumineux : chez Thundercat, la tristesse avance masquée, et la lucidité se danse. (LFC)
She Knows Too Much est disponible via Brainfeeder. En concert à Paris (Pleyel) le 18 mars (COMPLET).
/
SPORTS – DRAMA KING
Dix ans après leurs débuts en Oklahoma, les inséparables et liés depuis le collège, Cameron et Cale de Sports continuent de brouiller les lignes entre rock alternatif, R&B psyché et pop. Avec Drama King, dernier extrait de leur album éponyme qu’ils produisent, le duo pousse plus loin l’exploration électronique amorcée ces dernières années, sans renier son sens inné de la mélodie. Les synthés sous tension, presque arcade, se frottent à des beats souples et à des traitements vocaux distordus, pendant qu’un piano capté live et des guitares nerveuses rappellent que le cœur bat encore sous la machine. Écrit le premier jour dans leur studio réaménagé, Drama King capture l’instant : un titre où la jalousie et l’auto-comparaison s’entrechoquent. « Do you love me at all? Am I being dramatic now? » répète Cale, comme prisonnier d’une spirale mentale. Plus loin, l’aveu « You must be playing secret chords that please the lord » sonne comme l’expression d’une jalousie face à l’assurance des autres. Après Nice 2 Meet Myself (Bang Bang Bang), qui mariait créativité débridée et résonance plus intime, le banger groovy If You Want Me flirtant avec un R&B brumeux, et la romance lumineuse de Keep Falling In Love. Drama King agit comme une mise à nu numérique. Auto-produit, façonné dans un studio tapissé de gazon synthétique à Ulsan, le titre incarne leur indépendance retrouvée. L’album se referme sur Metaphors, respiration aérienne portée par des nappes de synthés éthérées. Cale y cherche des images pour prouver l’évidence « I’ve been looking for metaphors for our love, to know it’s true » scrutant les rayons du soleil et les rêves griffonnés au réveil comme autant de signes à interpréter. « Is it me or is it you? » interroge-t-il, avant de trancher avec une simplicité désarmante : « All I know is that I love you ». Une sortie en apesanteur, qui laisse l’auditeur entre doute et lumière. Le duo livre un disque cohérent qui articule exploration électronique, sens aigu de la mélodie et thématiques personnelles avec une maturité évidente. Sports n’a jamais cessé d’avancer vers l’avenir. (LFC)
Sports est disponible via Sports/ONErpm. En concert à Paris (Point Ephémère) le 29 octobre 2026.
/
YAYA BEY – BLUE
Connue pour son écriture immersive et sa capacité à transformer l’intime en expérience collective, Yaya Bey, née à Brooklyn et élevée dans une famille profondément ancrée dans la culture hip-hop, son père étant le rappeur Grand Daddy I.U., membre du collectif Juice Crew, amorce un nouveau chapitre avec Blue, premier extrait de son prochain projet Fidelity (17 April 2026). Après do it afraid, l’artiste a reconnu avoir longtemps contenu un chagrin profond, la mort de son père, la perte d’un foyer, une innocence envolée. Un deuil, qui l’a laissée émotionnellement vidée. Avec Fidelity, Yaya Bey choisit un autre mouvement : celui du renouveau. Blue n’est pas que tristesse. C’est la force des expériences, leur capacité à aimer, à créer, à s’adapter, à rester fidèles à elles-mêmes même lorsque tout flanche. Là où l’album s’articule autour de plusieurs points de rupture, Blue agit comme une respiration. Porté par une assurance nouvelle, le morceau incarne une foi tranquille : même dans l’incertitude, le monde peut encore contenir de la lumière. Il peut encore tenir. Avec ce single, Yaya Bey ne nie pas le chagrin elle le traverse. (CHOE)
Blue est disponible via Drink Sum Wtr.
/
U2 – AMERICAN OBITUARY
U2 renoue avec son ADN le plus incandescent avec American Obituary : faire du rock une arme morale. Cet EP surprise, Days Of Ash, n’a rien d’un appendice marketing. Il s’est imposé comme une nécessité. « Ces morceaux ne pouvaient pas attendre », insiste Bono et l’époque lui donne raison. Le titre d’ouverture, dédié à Renee Good, abattue par l’ICE à Minneapolis, transforme l’histoire tragique de violence policière en élégie politique : une mère morte qui chante à ses enfants. Riff tranchant de The Edge, basse post-punk d’Adam Clayton, batterie martiale de Larry Mullen Jr., le groupe joue serré, urgent. La protest song se transforme en cri partagé. Avec The Tears of Things, sans doute le sommet du disque, U2 ralentit le tempo mais pas l’intensité. Acoustique, quasi hymnique, le morceau inspiré par les écrits de Richard Rohr attaque frontalement les dérives du fondamentalisme : « When people go around talking to God it always ends in tears ». Bono y convoque Michel-Ange et son David pour dire la foi dévoyée, la beauté transformée en arme. Le reste de l’EP poursuit cette ligne de crête : hommage à Sarina Esmailzadeh, 16 ans, battue à mort par la « police des mœurs » iranienne (Song of the Future), poème de Yehuda Amichaï mis en musique (Wildpeace) lu par Adeola Fayehun, artiste nigériane, évocation d’un militant palestinien assassiné (One Life at a Time). L’EP se conclut avec Yours Eternally, une lettre poignante adressée à l’Ukraine, où Bono dialogue avec Ed Sheeran et le chanteur ukrainien Taras Topolia. Produit par Jacknife Lee, l’ensemble sonne plus sec, plus direct que les dernières livraisons du groupe. À l’heure où beaucoup d’artistes préfèrent tweeter leurs indignations plutôt que les graver dans leurs chansons, U2 choisit encore la friction. Ce choix a un prix, celui de l’exposition et de la controverse mais c’est précisément là que le groupe retrouve sa raison d’être. Quand la rage trouve cette clarté mélodique, le rock redevient indispensable. Days of Ash impressionne par sa tenue musicale, sa cohérence et sa tension constante. Rarement ces dernières années U2 aura paru aussi concentré avec des compositions solides et des mélodies qui s’imposent d’emblée comme parmi les plus fortes de leur répertoire récent. (LFC)
Days Of Ash est disponible via Island Records.
/
LANA DEL REY – WHITE FEATHER HAWK TAIL DEER HUNTER
Avec White Feather Hawk Tail Deer Hunter, Lana Del Rey signe un véritable retour aux sources. Reine incontestée de la pop alternative et sad girl originelle, elle ravive les éclats d’une americana mélancolique, poussiéreuse, presque désuète. Loin des ballades plus classiques de ses derniers albums, ce nouveau single opère un virage vers le Lana Del Rey d’avant, celui de Lizzy Grant (son tout premier nom de scène), qui chantait la vie des blue collars dans les trailer parks et des rêves d’évasion sous les néons. En maitresse de l’art du collage, la chanteuse sample ici avec délicatesse Laura d’Ella Fitzgerald, et y apporte une seconde dimension. Fidèle à son esthétique de trad wife, toujours polémique à l’heure où les débats sociétaux s’enflamment, Lana s’en amuse et la détourne, et offre à sa nouvelle ère une aura plus ésotérique, presque witchy. Le clip quant à lui juxtapose des images d’archives de cartoons, des scènes de vie captées en basse résolution et des performances où l’artiste, dans une mise en scène à la Sylvia Plath, s’enfonce littéralement la tête la première dans un four. Alors, entre provocation et vulnérabilité, White Feather Hawk Tail Deer Hunter se révèle comme un récit poétique, à la fois ensorcelé et ensorcelant, qui marque pour la chanteuse un retour à l’essence de son mythe. (TR)
White Feather Hawk Deer Hunter est disponible via Polydor.
/
ASFAR SHAMSI – SES YEUX
Asfar Shamsi s’affirme peu à peu comme l’une des voix les plus attachantes de la nouvelle scène francophone. Originaire de Strasbourg, elle a construit un univers à la croisée des styles, où se rencontrent rap, électro et chanson française. Autrice, compositrice et interprète, elle place l’écriture au centre de sa démarche, travaillant chaque texte avec un sens aigu du rythme tout en cultivant une vraie délicatesse mélodique. Après Au revoir Février puis Le dilemme du hérisson, elle ouvre un nouveau chapitre avec Cui Cui, un EP plus apaisé dans ses textures, sans pour autant perdre la lucidité qui traverse son regard générationnel. Derrière ce titre faussement naïf qui évoque le chant d’un oiseau et une forme d’innocence retrouvée se cache une réflexion sensible sur le monde intérieur et les liens humains. Les morceaux explorent des nuances multiples : le désenchantement dans La Crise, l’élan fragile de l’espoir dans Vanish, les questionnements amoureux dans Pélican, la quête de réconfort dans Ses yeux, ou encore une introspection plus âpre avec Nicotine. Chaque titre participe à un même fil narratif intime et sincère. L’EP a été co-écrit avec les musiciens qui l’accompagnent sur scène, Wolby à la batterie et Loufox aux claviers, une collaboration qui renforce la cohésion sonore du projet et lui donne une véritable dimension collective. « Je veux que mes morceaux ressemblent à des conversations avec moi-même, mais que chacun puisse s’y retrouver », confie-t-elle, une intention qui transparaît dans chaque refrain. Sur scène, Asfar Shamsi développe une présence à la fois tendue et fluide. Ses lignes mélodiques se glissent dans les beats et les nappes électroniques, naviguant entre pop atmosphérique et énergie rap plus frontale. Elle joue avec les codes sans jamais s’y enfermer, brouillant les frontières avec naturel. Portés par des arrangements sobres et minutieux qui laissent respirer la voix et le texte, ses morceaux témoignent d’une artiste en pleine affirmation. Asfar Shamsi incarne déjà une génération capable d’allier exigence musicale et intensité émotionnelle, touchant autant l’esprit que le cœur. (LFC)
Ses Yeux est disponible via Asfar/DEMAIN/PIAS. En concert à Paris (Festival Chorus) le 11 avril 2026 et en tournée (Rennes, Lyon, Saint Brieuc, Clermont Ferrand…).
/
FALLON – BISOUS
Fallon a fait une belle entrée cette nuit avec la sortie de son album Winter Princess, et Bisous en est l’un des premiers fruits marquants. Sa voix, délicate et posée, apporte une vraie fraîcheur à la scène française, et ses couplets techniques et bien exécutés montrent une artiste à l’aise, à la fois sensible et rythmée. Le single attire immédiatement par son groove maîtrisé, un mélange entre bouyon et R&B, c’est la signature Fallon. Winter Princess promet une palette encore plus large de couleurs sonores et d’émotions. C’est une sortie à retenir cette nuit, un nouveau chapitre pour Fallon, entre introspection et énergie dansante. Avant même la sortie de l’album, Fallon avait déjà marqué les esprits avec les morceaux qu’elle avait dévoilés ces derniers mois. Normal notamment a connu un énorme succès sur les réseaux sociaux, partagé et validé par un large public. Ce titre a clairement installé son nom et montré qu’elle savait créer des morceaux qui résonnent avec sa génération. Son feat. avec Ronisia (Fake Woman) est venu confirmer tout ça. Aux côtés d’une artiste déjà bien installée, Fallon a prouvé qu’elle était là pour durer. Elle s’impose sans forcer et montre qu’elle a sa place dans le paysage actuel. Winter Princess était donc attendu, et l’album tient ses promesses. Il est cohérent, maîtrisé, avec une vraie direction artistique. Si on veut quelque chose de frais dans la scène française il faut l’écouter. (CHOE)
Bisous est disponible via WWEGA.
/
/
/
