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Avec son nouvel EP sorti le 27 février, L’AMOUR DU RISQUE, la marseillaise confirme son talent et sa versatilité. Elle nous emmène en virée sur les routes sinueuses de ses aventures sentimentales avec une musique rafraîchissante aux effets souvent oniriques.

C’est au cœur de Marseille que Creamy G a grandi, biberonnée à l’art. Autrice-interprète, elle brouille les frontières entre R&B et rap, contant ses amours et ses peines sur un kaléidoscope d’ambiances musicales. Mais son implication artistique ne se limite pas à ses chansons. Depuis dix ans, elle compose des instrumentales, dessine et peint, s’essaye à l’animation 2D ou 3D. Elle avait 12 ans quand elle a imaginé son nom de scène. Elle ne l’a jamais abandonné. N’est-ce pas digne d’une star en herbe ? Un blaze inspiré par ses idoles d’alors, les rappeurs du Wu-Tang Clan ou encore Juicy J de la Three 6 Mafia. Surprenant pour une pré-ado ! Ses études supérieures d’arts visuels et la carrière de créatrice de mode de sa mère expliquent qu’elle ait su développer si vite une esthétique marquante autour de sa musique. Chaque pochette, chaque clip, chaque apparition est travaillée pour nous en mettre plein la vue. Elle se taille une image qui rappelle les stars américaines du rap et de la pop, à la fois badass et sexy, pleine de couleurs et de scintillements mais aussi d’aiguilles et de battes de baseball. Une Harley Quinn du dancefloor.

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©ADM vision

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Ses deux projets de 2024 (Mon Amour, Comment Ça Va ? et SOLEIL SUR MOI) nous avaient beaucoup plu. On y découvrait une palette musicale large, allant du jazz langoureux au rap-R&B West Coast plein de soleil. Elle passait déjà du chant fredonné au slow rap sur des rythmiques hip-hop électronisantes de plug ou de 2step. Des choix qui transpirent la passion de la musique, qui indiquent qu’elle a pour seul guide dans la création son bon plaisir. 

Ce n’est qu’à la veille de la sortie de L’AMOUR DU RISQUE qu’elle a décidé de se consacrer totalement à la musique pour ne plus s’éparpiller. On la félicite de ce choix tant on croit en son potentiel. Sur ce nouveau projet, elle explore des ambiances vaporeuses, planantes ou dansantes, souvent sensuelles, bourrées de synthés aux sonorités rétros, fondus dans une forme moderne.

Le projet s’ouvre avec MAUVAIS TIMING, morceau doux et intimiste. Creamy semble nous y faire une confidence dans un moment de solitude, de fragilité. On sent l’inspiration de l’univers musical d’une Oklou puis celle d’un Frank Ocean période Blonde. Des références qui nous ravissent. On capte dès l’amorce ce qu’on va retrouver dans toute l’œuvre et qui se cache dans la couverture du projet : chez Creamy G, ce qui fait mal s’entremêle à ce qui fait du bien. Le beau risque toujours de virer au laid. Le plaisir se cache près de la déception. Ces opposés se frottent constamment, tels le yin et le yang. C’est pourquoi Creamy chantonne joyeusement des choses tristes et nous donne envie de danser quand elle parle de son cœur brisé. C’est pourquoi elle est badass et menaçante sur sa pochette, alors qu’elle y est blessée, ecchymoses et pansements sur les genoux. « J’ai ton sweatshirt et le coeur noir. J’ai peut-être c’que j’mérite c’est le karma. Mauvais timing quand il dit qu’il m’aime. Toi et moi c’est pareil, on est similaires. » (MAUVAIS TIMING.)

La rappeuse, qui préfère se classer côté R&B, semble avoir connu son lot de déceptions et d’histoires bousillées avant même de s’épanouir. « C’était le début mais c’est fini » constate-t-elle (MAUVAIS TIMING). Ce qui est beau, c’est qu’elle embrasse les ratés de la vie et en fait quelque chose de doux, de séduisant même. Elle parvient à susciter chez l’auditeur un sentiment d’empathie réciproque. On se sent proche d’elle, on se prend à fredonner avec elle. Si on la comprend, elle doit nous comprendre aussi. Et c’est comme un peu de baume déposé sur nos propres blessures. 

Quand elle retrouve le moral, Creamy G est du genre à croquer la vie à pleine dents. Elle n’a pas peur de sauter tête la première dans l’aventure. Comme dans le deuxième morceau, GUESTLIST, groovy et ensoleillé. Cette volonté de défier l’inconnu, c’est le cœur du projet. Creamy définit ainsi le concept d’amour du risque : « C’est accepter que chaque choix comporte une part d’incertitude, mais que c’est précisément cette incertitude qui rend la vie intense, vibrante et authentique. C’est oser tomber, se relever et continuer à avancer avec audace ». 

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Dans les morceaux suivants, elle s’essaye à la dance, tout en se confiant sur ses pertes de contrôle et ses peurs (JUSTE DANSER). Elle mêle drum’n’bass, synthés planants et quelques expérimentations de voix robotiques sur le très agréable BODYTALK. Puis s’essaye avec brio à poser sur un morceau à mi-chemin entre synthwave et vaporwave, genres des années 2010 qui utilisent avec nostalgie des synthétiseurs et boîtes à rythmes 80’s – souvent associés à des visuels de jeux vidéos où une décapotable fonce face à un ciel couleur cocktail. Les paroles du morceau collent parfaitement à l’ambiance : « Ce soir j’me suis habillée pour toi, on va rider toute la night. J’ai mélangé toutes les couleurs, dans ton ciel j’ai peint des étoiles ». (TON CIEL.

À l’approche de la fin du projet que Creamy dévoile ses meilleures cartes. Elle nous achève de sa batte musicale. Ça commence par la balade laid-back et mélancolique HORMONES, composée par le talentueux Bvker. Sur un clavier qui pourrait être celui d’une berceuse, elle parle de son amour, de ses relations conflictuelles aux hommes, explique comment ses éruptions de sentiments lui nuisent : « J’crois qu’j’lui ai mis la pression. Trop d’amour ça les fait fuir. J’fais peur aux garçons et j’y prends un malin plaisir ».

Elle nous plonge dans une ambiance onirique avec le bijou VICE2OUF, accompagné d’un superbe clip d’animation de Charlotte Lafossas. Les effets sonores renforcent l’aspect cinématographique de la superbe instru évolutive de Lomi, qui est responsable des arrangements sur tout le projet et qui mérite des félicitations pour son travail. La musique nous emporte dans un voyage stellaire et Creamy la ride parfaitement. Une bande-son faite pour s’évader avant la fin du monde comme elle nous le souffle : « Fumer un joint pendant que le monde s’écroule (…) Fume un dernier avec moi, jusqu’à ce que la mort nous sépare ».

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Le projet se conclut par le morceau qui en porte le nom. Un début doux et mélancolique puis une montée en intensité synchronisée avec l’interprétation de Creamy, qu’on sent remuée intérieurement : « J’ai l’amour du risque donc te voir c’est un plaisir. Le bien le mal parfois j’suis indécise. Plantes médicinales pour pas que le cœur se déchire. (…) J’suis fucked up babe, c’est l’asile psychiatrique ». Le rodéo émotionnel du projet s’achève dans un fondu de synthés-basses désaccordés, qui s’évanouit comme on s’écroule au petit matin après une nuit où l’on a oublié de consommer avec modération.

Pendant une vingtaine de minutes, on a vibré avec Creamy G, bousculés par ses émotions, entre intensité et confusion. Tout ça lové dans des mélodies entraînantes et des nappes de synthés qui riment avec légèreté. Le voyage s’achève et on se réjouit à la pensée qu’il suffit d’appuyer sur Play pour repartir.

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L’AMOUR DU RISQUE est disponible via Creamy G/Soundbirth.app. Creamy G sera en concert au FUZZ FESTIVAL 4 à Champs-sur-Marne le 25 avril, billetterie ici.

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Texte Antoine Clairefond – Le Rapporteur

Image de couverture @victoriasensei

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