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La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.
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JOJI – LAST OF A DYING BREED
Avec Piss in the Wind, Joji signe un disque paradoxal : le plus éclaté de sa discographie et sans doute le plus cohérent dans sa démarche. Né à Osaka d’une double culture japonaise et australienne, ex-icône YouTube devenue figure centrale du R&B mélancolique, George Miller poursuit ici la mue entamée depuis In Tongues, Ballads 1, Nectar et Smithereens. Mais cette fois, rupture nette : premier album publié en indépendant, sur son propre label, Joji se retire du cadre industriel pour mieux brouiller les pistes. Les 21 morceaux, aucun ne dépassant 3 min 30, la plupart flirtant avec les 2 minutes, s’enchaînent comme des fragments émotionnels. R&B alternatif, lo-fi, alt-pop, trip-hop et nappes électroniques atmosphériques se croisent sans jamais s’installer, donnant au disque une allure de zapping existentiel. Les featurings (Yeat, Don Toliver, Giveon, 4batz) apparaissent comme des silhouettes, au service d’un climat plus que de refrains accrocheurs. Cette esthétique du morcellement rappelle la logique de Endless de Frank Ocean : un album-vidéo déguisé, pensé comme un flux. La promotion pousse la logique jusqu’au bout : sosie envoyé en interviews, communication minimale, disparition volontaire de l’artiste derrière le dispositif. Le dernier extrait Last of a Dying Breed, court, lo-fi et mélancolique, s’impose comme une méditation sur la rareté émotionnelle, portée par des boucles hypnotiques. La vidéo de ce morceau est prévue pour le 9 février, prolongeant l’esthétique fuyante de l’album et renforçant ce sentiment d’être face à un artiste qui préfère intriguer plutôt que séduire. Piss in the Wind est un disque qui glisse, s’efface, et laisse derrière lui une impression persistante de vide habité. (LFC)
Last of a Dying Breed est disponible via Palace Creek/Virgin Music.
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SEAN – ZEUDOG IS BACK #3 (HEAT)
Le rappeur parisien Sean est de retour sans être jamais vraiment parti. En 2019, il nous bluffait avec Mercutio et son clip. Ses goûts raffinés (musicalement et esthétiquement) et son potentiel sautaient aux yeux. Depuis, il a pris son temps pour travailler son image, son rap et son son. En 2024, il nous a gratifié d’un très bon album, taillé sur mesure pour les amateurs de sonorités digitales sombres et de rappeurs mélancoliques (coucou les fans de Laylow) : Où est passé Zeudog ? . Depuis quelques mois, il répond à sa propre question avec Zeudog is back, série de morceaux et clips aux ambiances sombres et aux esthétiques très travaillées. Notre favori est le troisième opus, sorti le 29 janvier : Heat, en référence au grand film de braquage de Michael Mann. L’ambiance de ce beau clip en noir et blanc, réalisé par Raoul Fortier, est explicitement américaine. Sean nous régale dans ce morceau non seulement par son rap impeccable, mais par les références qu’il y glisse : de l’excellente instrumental de Madass, Laskad et Louis Le Mahec qui sample Gangsta Boo de la Three 6 Mafia, aux clins d’œil cachés à SCH et à Mister You et Lacrim à l’époque où ils cachaient du shit dans les CDs qu’ils vendaient… Zeudog nous fait ressentir comme le rap coule dans ses veines. Dénonçant au passage les rappeurs de la nouvelle génération accusés d’agression sexuelle – notamment ceux de la vague hyper pop. (AC – Le Rapporteur)
Zeudog is back #3 (HEAT) est disponible via DOGBLESS/Bendo Music.
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THEODORA – DES MYTHOS
Qu’attendre du retour de Theodora ? Le succès de Mega BBL, des featurings avec Disiz ou encore Gims, sans oublier une présence remarquée à Los Angeles aux côtés de Tyla et Ayra Starr : voici les dernières indications que l’on avait de son ascension fulgurante. Aujourd’hui, la réponse se fait en musique. Theodora revient en solo avec le titre Des mythos, produit par le Canadien Decs, déjà présent sur Mon bb dans Mega BBL, et par le Californien Anoop D’Souza, connu pour ses collaborations avec des artistes comme Summer Walker. Avec Des mythos, Theodora reste fidèle à son ADN : un mélange de sonorités, de références et d’attitudes qui font sa singularité. Mais cette fois, c’est surtout dans les paroles que l’on ressent une nouvelle fraîcheur. Notamment dans le dernier couplet, où elle évoque les préjugés et les discours qui pourraient, selon certains, freiner ou gâcher sa carrière. Un regard lucide, qui montre aussi ce que le succès apporte : de nouvelles pressions et de nouvelles choses à raconter. Après un dernier projet certifié triple platine, et une nomination dans cinq des neuf catégories aux Victoires de la Musique 2026, Theodora s’est imposée comme la reine de l’alternatif en France. La suite de son parcours semble désormais se dessiner comme une confirmation plutôt qu’une surprise. Le plus dur, désormais, sera de continuer à choquer, à surprendre et à casser les codes après avoir percé de cette même manière-là auprès du grand public. Des mythos, tout comme une récente apparition en studio avec Ayra Starr, s’inscrit clairement dans cette direction et laisse présager une suite où Theodora est consciente de son impact, mais toujours prête à prendre des risques. (CHOE)
Des mythos est disponible via Boss Lady. En tournée des Zeniths et à Paris du 29 mars au 1er avril 2026.
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TOMORA – COME CLOSER
Après la déflagration de Ring The Alarm et la dérive hypnotique de The Thing, Come Closer s’impose comme un point de bascule et surtout comme le centre de gravité du projet TOMORA. Là où le premier single frappait comme une sirène d’urgence, brut et euphorique, et où le second s’enfonçait dans une lenteur dense et presque trip-hop, le morceau-titre de l’album à venir resserre l’espace. Choisir Come Closer comme titre d’album n’a rien d’anodin. Le morceau agit comme une clé de lecture de l’ensemble du disque attendu le 17 avril 2026. Ici, Tom Rowlands abandonne une partie du chaos frontal de Ring The Alarm pour une production plus feutrée sans jamais relâcher la tension. Les beats avancent avec retenue, laissant volontairement de la place aux silences, aux échos, à l’attente. La voix d’Aurora s’y déploie différemment, profondément habitée. Come Closer est un appel insistant à recréer du lien dans un monde fragmenté. Le duo parle d’évasion et de confrontation, de bonheur et de tristesse, et cette ambivalence traverse le morceau de part en part. Il faut s’approcher pour entendre, accepter la proximité, l’inconfort parfois. TOMORA cherche la connexion. En ce sens, Come Closer apparaît comme le point d’équilibre entre les deux premiers singles. Le morceau-titre assume pleinement cette fonction : celle d’un lieu de rencontre, cette « zone d’atterrissage » dont parlent Rowlands et Aurora, là où leurs univers cessent de s’opposer pour fusionner. À mesure que l’album se dessine, TOMORA confirme qu’il ne s’agit pas d’une collaboration ponctuelle mais bien de la construction patiente d’un groupe à part entière. Ce Come Closer est comme une main tendue. Trois singles, trois atmosphères et pourtant une même intention : déconstruire les structures, refuser les cadres, et faire de la musique un espace de relation. Si l’album tient la promesse de son titre, Come Closer pourrait bien être moins un slogan qu’une invitation à écouter de plus près, à ressentir plutôt qu’à consommer. Et dans le paysage actuel, ce choix-là est déjà un acte fort. (LFC)
Come Closer est disponible via Universal.
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EMMA’A – MAMAN
Ce n’est pas la fête des mères, mais ça en a tout l’air. Emma’a nous dévoile son single Maman, une véritable lettre d’amour, qui vous donnera envie de décrocher votre téléphone pour appeler la vôtre. Dans cette chanson, Emma’a ne célèbre pas seulement la figure maternelle, elle raconte aussi la brutalité du monde extérieur, celle qui, avec le temps, lui rappelle que l’amour le plus pur, le plus protecteur, se trouve souvent auprès d’une mère. Cet amour-là, discret et à la fois immense, qui nous prévient quand on s’apprête à tomber, même si l’on n’écoute pas toujours. Comme lorsqu’on nous demande de faire attention avant d’aller faire du vélo, et qu’on finit malgré tout par se blesser. À ce moment précis, ce sont elles qui avaient raison, nos mères. La voix d’Emma’a accompagne parfaitement cette nostalgie de l’enfance, de l’époque où nos mères nous protégeaient encore du monde. « Dehors les gens sont trop méchants, c’est toi qui avais raison. » Une chanson aussi forte ne pouvait être accompagnée que d’un clip à la hauteur. Avec Maman, Emma’a signe un titre universel, capable de toucher chacun là où il est, là où les souvenirs d’enfance et l’amour maternel se rencontrent. Une chanson qui ne se contente pas de parler de nos mères, mais qui nous rappelle pourquoi, malgré le temps qui passe, elles restent souvent notre premier refuge face au monde. (CHOE)
Maman est disponible via Elengi Music/Sony Music Entertainment Africa. En concert à Paris (La Machine) le 18 avril 2026.
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LEWIS OFMAN – ELETRONICITY
Il y a quelque chose de singulier à voir Lewis OfMan évoluer sous nos yeux, comme un personnage de roman graphique : il y a encore deux ans, il apparaissait cheveux longs, imberbe, légère barbe, aujourd’hui, barbu comme un bûcheron et les cheveux en bataille, il incarne un type qui pourrait électrifier une forêt entière. Et c’est exactement ce que son nouveau single, Electronicity , réussit à faire. Ce nouvel extrait d’un album à venir 50KWTTS, le 3 avril 2026, ressemble à une ligne à haute tension qui parcourt la ville capable de faire danser tout ce qui se trouve sur son passage. On sent la même obsession pour le détail, la même manie de transformer chaque micro-fragment sonore en percussion saturée, mais avec une maîtrise qui laisse respirer l’énergie. Chaque synthé, chaque beat semblent peser des tonnes, et pourtant tout tient sur moins de quatre minutes. Au-delà de la musique, cette transformation physique du jeune musicien au visage juvénile au barbu à l’allure de forestier électrique se retrouve dans le son. Les traces de ses tournées, de ses résidences à Séoul ou Londres, et de son obsession pour la capture du son dans ses studios, tout cela s’entrelace dans un morceau où l’électricité est constante. C’est rock, c’est nerveux, c’est intelligent et c’est surtout impossible à ignorer. (LFC)
Electronicity est disponible via Profil de Face. En concert à Paris (Cigale ) le 21 avril 2026.
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DUA SALEH – FLOOD (FEAT. BON IVER)
Artiste soudano-américain·e basé·e à Los Angeles, Dua Saleh mêle depuis ses débuts exil, queerness et lucidité politique dans une musique intime et urgente. Dua Saleh choisit de publier un double single, Flood / Glow, qui ouvre la voie à Of Earth & Wires, attendu le 15 mai chez Ghostly International. Flood où le rythme synthétique et tendu rencontre les mots incisifs de Saleh, tandis que le falsetto de Justin Vernon surgit comme un souffle, intensifiant la tension. Leur alchimie n’est pas nouvelle et se confirme également sur Glow, plus souple, où les deux voix se répondent sur un groove R&B élégant. « Ces chansons ont vu le jour naturellement lors d’une session de création à Minneapolis. Ce qui avait commencé comme une session liée à un morceau de Travis Scott s’est transformé en un jam libre avec des producteurs locaux… Flood a été composé en premier. Justin a improvisé le refrain sur le moment, puis j’ai écrit les paroles en m’inspirant du rythme… Le déluge est devenu une allégorie pour rester à flot plutôt que de se noyer dans le chagrin. Glow est né de cette même ouverture… L’enthousiasme, l’honnêteté émotionnelle et l’intuition mélodique de Justin ont rendu tout cela très facile. » Ces deux titres annoncent un album « résolument chaleureux, spirituel et frénétique », mêlant indie, R&B alternatif, folk soudanais, dance britannique et baile funk produit par Billy Lemos (SZA, Paris Texas, Tinashe). Saleh éclaire la genèse de l’album : face aux crises mondiales et personnelles, guerre au Soudan, montée de l’IA, sentiment de solitude loin de sa famille , iel a trouvé refuge dans la création musicale avec des producteurs du Minnesota, où iel a grandi. « J’ai commencé à composer un album autour de la musique que nous avions créée ensemble… » Flood / Glow reflètent la personnalité de Dua Saleh : un·e artiste à la sensibilité profonde, capable de transformer expériences personnelles, conscience sociale et influences diverses en une musique à la fois singulière et magnétique. (LFC)
Flood / Glow sont disponibles via Ghostly International.
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LOLO ZOUAÏ – HOLDING ON
Lolo Zouaï signe son retour tout en douceur avec Holding On, nouveau single extrait de son troisième album Reverie, attendu le 24 avril 2026. Après un premier album remarqué, High Highs to Low Lows, entre R&B brumeux et pop alternative, puis la pop saturée, cyber et frontale de PLAYGIRL en 2022, elle ouvre ici un nouveau chapitre sans renier son ADN. Le morceau relève presque de la caresse auditive, mais n’est pas léger pour autant. La chanteuse y met en scène la tension entre l’attachement au passé et le besoin d’avancer. Car Holding On parle avant tout du deuil, celui de sa meilleure amie Hanna, disparue en 2021. Porté par un clip tourné à Lacanau, c’est à la fois une lettre d’amour à l’amitié et un éloge de la création comme remède. Toujours au carrefour de l’anglais et du français, Lolo Zouaï y sculpte ses vocaux presque instrumentaux sur une production où un piano mélancolique se mêle à un rythme entraînant, dessinant cette atmosphère précise, intime et cinématographique qui lui est propre. Avec Reverie, album décrit comme un voyage entre pertes, souvenirs, rêves et renaissance, l’artiste franco-algéro-américaine fait la promesse d’une renaissance. Langage pop, R&B alternatif, touches hip‑hop, influences arabes et sensualité sombre s’y mêleront sans jamais perdre la maîtrise de ses sons ni la sincérité de ses esthétiques. (TR)
Holding On est disponible via Because Music.
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WOODY- MENTAL REST
Woody, jeune artiste française de 25 ans, a toujours vécu à travers la musique. Dès l’âge de cinq ans, elle explorait le piano, la guitare et le violoncelle, chantant toujours pour compléter les mélodies qu’elle créait. Après avoir quitté Paris pour Londres, où elle passe son adolescence, notamment au Lycée International de Londres – Winston Churchill, une immersion qui a élargi sa sensibilité artistique et nourri son goût pour les émotions complexes. Elle a la chance de passer une journée dans un studio d’enregistrement. Pensant enregistrer une simple reprise, elle termine finalement l’enregistrement de son premier single, Dance on the Moon (2019), mis en ligne quelques jours plus tard et qui conquiert rapidement un public (3 millions d’écoutes). Elle collabore en 2025 avec Kazy Lambist sur le duo électro-pop Pinch Me, confirmant sa capacité à créer des titres à la fois sensibles et accessibles. En 2023, elle dévoile l’EP Roots, proposant un univers intimiste et organique. Les instruments acoustiques et sa voix profonde portent l’émotion et les récits personnels. Les morceaux comme Coming Home ou Lost Goodbye illustrent son talent pour créer des ambiances sensibles tout en affirmant son style singulier. Elle a récemment exploré de nouvelles sonorités à travers le duo My Own Best Friend avec Andreas Vey, un artiste allemand à la voix soulful, renforçant son goût pour les collaborations introspectives et émotionnelles. Avec Mental Rest, Rose prend un virage. Le morceau, dédié à sa sœur diagnostiquée avec un trouble du spectre autistique, explore la santé mentale avec intensité : couplets presque rappés, refrains mélodieux, voix chaleureuse et profonde qui porte autant la confession que la catharsis. La production joue sur des superpositions vocales, des percussions limite martiales et des variations de tempo qui accentuent le relief émotionnel et théâtral du morceau. Le clip amplifie cette démarche : sur fond noir, seule la fraise renaissance et son visage éclairé captent l’œil, tandis que les boucles d’oreilles et le style historique soulignent l’affirmation de son identité artistique. Woody signe ici une étape décisive de son parcours. Elle passe de l’émergence prometteuse à l’affirmation d’une voix forte et singulière, prête à imposer ses explorations sonores sur la scène indépendante.
Mental Rest est disponible via Exeter Road Records. En tournée française (Amiens, Orléans, Auxerre, Saint Malo…).
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