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La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.
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KIM PETRAS – POP SOUND
Kim Petras continue d’incarner l’une des popstars les plus radicales de sa génération, passée du statut d’icône internet à celui de visage majeur de la pop mondiale grâce à des tubes comme Heart to Break, Icy ou Coconuts, et surtout Unholy avec Sam Smith, qui lui rapportera un Grammy historique. Mais derrière la success story, ses projets ont souvent été freinés par son label : l’album Problématique, teasé puis fuité avant d’être enterré, en est devenu le symbole, Kim évoquant publiquement le fait d’avoir « écrit trois albums » sans pouvoir les sortir et sa frustration face aux blocages de l’industrie. Dans ce contexte, la sortie de Pop Sound, nouveau single produit par le duo new-yorkais Frost Children, est une forme de rébellion : une manière pour l’artiste de reprendre la main sur sa narration, en signant un morceau qui célèbre la pop qu’elle aime vraiment, en marge de ce qu’on cherche à lui imposer. Porté par une production hyper nerveuse, le titre joue à fond la carte d’une pop mutante, quelque part entre hyperpop, rave digitale et bien sûr, pop. Dans les paroles comme dans l’attitude, Pop Sound sonne comme une déclaration d’indépendance : Kim Petras s’y affirme en architecte de son art, plus alignée que jamais avec la scène alternative qui l’a toujours soutenue. Le morceau s’inscrit dans la stratégie de Pretour qu’elle a annoncée en février. Pretour, c’est une série de sorties échelonnées pour préparer son prochain album Detour, attendu courant 2026, alors même qu’elle cherche à se libérer de son deal avec Republic Records. Détail révélateur de cette phase quasi « hors-système » : Pop Sound n’est pas distribué sur les plateformes de streaming traditionnelles, mais uniquement partagé via ses réseaux et sur YouTube. (TR)
Pop Sound est disponible via Kim Petras (autoproduit).
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YERRO – TUKKY 2
Un nouveau soldat se lance à l’assaut de la Planète Rap, après plusieurs années d’entraînement. Yerro, qui vient du 11ème arrondissement parisien, a signé en 2026 avec SPKTAQLR, label qui réunit des figures prestigieuses comme Dinos et Dosseh. La nouvelle recrue donne le signal d’attaque en wolof avec sa série de morceaux TUKKY, soit : « partir à la conquête d’un espace ou d’une situation ». Depuis 2023, il a montré qu’il a plusieurs cordes à son arc. Sa signature vocale particulière, alliée à sa nonchalance maîtrisée, le rendent aisément reconnaissable et agréable à écouter. Un atout précieux pour se distinguer dans la masse des artistes rap. Il ponctue habilement ses textes d’humour ou de fragments de vulnérabilité, entre deux histoires de rue. Une variété de tons qui maintient l’attention et accroît l’intérêt. Dans TUKKY 2, il nous fait sourire avec sa désinvolture décomplexée : « Dans les faits ouais t’as pas tort, mais bon, j’te donnerai pas raison. Dans les films j’ai de la peine : le méchant on veut jamais le comprendre ». Mais il montre aussi qu’il a de la bouteille et de la sagesse. Comme un grand frère, il conseille à ceux qui l’écoutent d’abandonner le shit et de poursuivre leurs rêves, sans prêter attention à l’avis d’autrui. Il rappait habituellement sur des instrus planantes et douces. Mais il montre sur cette prod de NECTAR.S qu’il est très à l’aise avec les ambiances sombres et agressives. Il se présente aujourd’hui à la porte de la cour des grands, confiant et arrogant, armé de ses flows hypnotiques et de ses variations de timbre maîtrisées. C’est avec plaisir qu’on le regarde entrer dans la mêlée. (AC-Le Rapporteur)
TUKKY 2 est disponible via SPKTAQLR.
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ALOISE SAUVAGE – MAYDAY
Aloïse Sauvage revient avec Mayday, single où la rupture devient vertige et tension intérieure. Les lyrics plongent dans le silence, le manque et la mémoire des moments perdus, mêlant vide et intensité émotionnelle. La chanteuse confie : « Les larmes parfois font un bon carburant. Mayday est une de mes plus belles chansons, j’ai même pas peur de l’dire », révélant la force qui traverse ce morceau. Depuis Jimy et Dévorantes, Aloïse mélange pop, rap et électronique à ses talents de danseuse et circassienne, transformant chaque performance en émotion. Mayday explore la chute, le désir de revenir, la fragilité et la force qui cohabitent dans la perte. Signé par la cinéaste belge Marie Mc Court, récompensée aux Student Academy Awards, le clip adopte un style presque documentaire et joue sur l’incertitude : voit-on vraiment deux amies se filmer avant qu’une rupture ne vienne bouleverser leur journée, ou est-ce une scène revisitée, mise en scène ? La caméra, très proche d’Aloïse, efface la frontière entre réalité et fiction et plonge le spectateur dans son intimité. Les mots et les silences se répondent, révélant à la fois la tension et la puissance du morceau. Mayday est sincère et intense. Aloïse transforme le manque en propulsion. Ce single confirme sa singularité : celle d’une artiste totale capable de rendre le chaos intime palpable et poignant sur scène et dans sa musique. (LFC)
Mayday est disponible via Capitol Music.
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CHET FAKER – 1000 WAYS
Depuis ses débuts sous l’alias Chet Faker en 2011 jusqu’à ses expérimentations sous son vrai nom avec Music for Silence, Nick Murphy a toujours brouillé les pistes, mêlant jazz, soul, R&B électronique et ambient dans des ballades intimes. Avec A Love For Strangers, il semble enfin avoir trouvé un équilibre : un album de maturité et de renaissance, où chaque titre explore les méandres de l’amour, de la perte et de l’acceptation. 1000 Ways, incarne parfaitement cette approche. Sur des motifs de piano, de chants d’oiseaux, de harpe et de carillons, Murphy chante : « A thousand ways / To get to know you / A thousand ways / To fall in love ». C’est une ode à la vulnérabilité, une course vers un amour insaisissable, portée par un beat et un sens de la mélodie accrocheur qui lui donne une énergie euphorique malgré la douceur du texte. Chaque titre explore une facette différente du rapport à l’amour, à la perte et à l’acceptation. Entre ballades mélancoliques (Can You Swim, The Thing About Nothing en duo avec aLex vs aLex), textures électroniques et organiques (Over You,) et dialogues de voix, Chet Faker trouve ici la juste mesure entre émotion et raffinement musical. « Would you let me belong / before you let me go? / It’s just my Hallelujah », chante-t-il à la fin de l’album. La trilogie This Time for Real, Far Side of the Moon et Inefficient Love est à l’image de cet album : belle et chaleureuse, mêlant authenticité, émotion et lumière. Murphy semble se réconcilier avec son propre art. Et si le titre de cet album à venir, A Love For Strangers, évoque l’ouverture à l’autre, il parle avant tout d’un retour à l’essentiel : aimer la vie, la musique, et soi-même. (LFC)
A Love For Strangers est disponible via Detail Records/BMG Rights.
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KISS FACILITY – CHEAP POETRY
Kiss Facility est le projet né de la fusion entre la musique de Sega Bodega, producteur emblématique de la scène pop alternative (révélé aux côtés d’artistes comme Oklou, Eartheater ou encore Shygirl), et la voix aérienne et sensuelle de Mayah Alkhateri. Ensemble, ils attirent rapidement l’attention de leur public avec des morceaux expérimentaux qui mêlent à la fois shoegaze chanté en arabe, textures électroniques et mélodies langoureuses. Le tout accompagné de performances aussi rares qu’envoutantes entre rêve éveillé et mélancolie ambiante. Alors, après plusieurs singles et un EP, Esoteric, le duo confirme aujourd’hui sa compatibilité artistique avec Cheap Poetry, premier single extrait de leur album à venir, KHAZNA prévu pour le 27 février prochain. Le morceau prend la forme d’une ballade dont le refrain, d’une douceur étonnement puissante, reste en tête. La voix d’Alkhateri devient presque incantatoire, la production de Bodega la sublime. Cheap Poetry transpire la vulnérabilité, évoque la dévotion, et donne plein pouvoir aux mots : comme un poème trop intime pour être dit autrement qu’en chuchotant dans le noir. (TR)
Cheap Poetry est disponible via ambient tweets & Supernature.
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COMAE – TITUS
Chez Comae, les histoires d’amour brûlent et laissent des traces. Révélée en 2023 avec La nuit, premier EP salué, Bérénice poursuit son sillon avec Amour cannibale, un EP six titres plus charnel. Formée à la SOAS de Londres, où elle décroche un master en arts, elle nourrit sa pop d’un regard affûté sans jamais perdre l’instinct. Son nom de scène, emprunté à la constellation de la Chevelure de Bérénice, dit assez son goût pour les mythes et les astres qui irriguent son écriture. La trajectoire des singles dessinait déjà la carte du brasier. Poupée enveloppait un amour à sens unique dans une pop élégante, contraste mordant entre la douceur des chœurs et la violence de l’effacement. Premier Jardin laissait flotter une voix spectralisée dans un interlude intime, comme une femme exilée parlant depuis l’ombre. Aucun Remord élargissait ensuite le cadre en une célébration ardente, quasi païenne, où l’amour survit aux cendres. Puis vient Titus, le plus troublant. L’ombre de l’empereur plane et l’écho se fait vertigineux quand on sait que la chanteuse porte le prénom de Bérénice. Ici, l’absent dévore tout sans jamais être nommé. Au fil des six titres, Comae démonte le scénario romantique hétéro présenté comme horizon unique et fait exister d’autres formes d’attachement : saphique, amical, tourné vers soi. Son engagement pour une meilleure visibilité des femmes dans la sphère culturelle traverse le disque sans didactisme. Et lorsque la tension s’apaise, Recommencer referme l’EP en apesanteur, ballade délicate à la Mina Tindle. Après la combustion, la possibilité d’un autre départ. (LFC)
Amour cannibale est disponible via Sacrées Sorcières Production.
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BABY ROSE – FRIENDS AGAIN
Après deux ans d’absence, Baby Rose revient avec le morceau Friends Again, et surtout en excellente compagnie : Leon Thomas. Un duo déjà récompensé aux Grammy Awards, notamment avec le prix du meilleur album R&B pour Mutt, remporté par Leon Thomas avec la participation de Baby Rose. Cette fois-ci, la collaboration est portée par Baby Rose. Avec Friends Again, elle confirme son timbre de voix unique, entre la soul, du R&B et même le rock, mêlant chaleur et sensibilité. Leon Thomas apporte lui aussi sa touche personnelle : le duo se complète parfaitement, deux univers qui se répondent avec élégance en explorant les tensions de l’amour, le désir, la perte et le manque. Forte de son timbre singulier, Baby Rose parvient à nous donner un goût du passé tout en nous rappelant qu’elle incarne l’avenir. Elle convoque l’esprit de grandes figures comme Etta James ou Nina Simone, tout en imposant sa propre identité. Au final, c’est ça, la signature Baby Rose qu’on peut retrouver sur ce titre, une voix ancrée dans l’héritage, mais tournée vers demain. (CHOE)
Friends Again est disponible via Secretly Canadian.
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CALYPSO VALOIS – L’HOMME POISSON
Il y a des signes qui ne trompent pas. Le premier groupe de Calypso Valois s’appelait Cinéma. Des années plus tard, elle livre sa première véritable bande originale pour le grand écran pour Les Immortelles. 1992, Sud de la France. Charlotte et Liza, 17 ans, inséparables, élevées à la pop et aux rêves de Paris. Un drame, et l’une reste seule avec des promesses pour deux. Cette bascule structure le récit du film, présenté à la Semaine internationale de la critique à la Mostra de Venise 2025. L’Homme Poisson, single extrait de la bande originale, capte précisément cette zone trouble. Le morceau évoque les années 80 avec une rythmique synthétique et un faux air de Mylène Farmer, tandis que la mélodie reste légère en apparence mais suggère la solitude laissée par le drame. Fille d’Elli Medeiros et de Jacno, révélée par Cannibale puis confirmée avec Apocalypso, Valois a toujours cultivé une pop élégante et nocturne. Ici, elle la met au service d’un récit d’amitié et de perte, tout en laissant l’émotion s’exprimer avec subtilité. (LFC)
L’homme Poisson est disponible via Pop Noire.
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JILL SCOTT – TO WHOM THIS MAY CONCERN
Dix ans après Woman, Jill Scott revient avec To Whom This May Concern comme une lettre ouverte au monde. Depuis Who Is Jill Scott? Words and Sounds Vol. 1, qui fête ses 25 ans cette année, elle a bâti une carrière singulière, à la croisée de la poésie performée, du R&B organique et d’un hip-hop lettré. Toujours ancrée, elle s’est imposée comme une voix de conscience autant qu’une chanteuse de groove. Ce sixième album prolonge cette trajectoire : mature et brûlant de vitalité. Le thème est clair : affirmation de soi, résistance aux pressions sociales, transmission d’une sagesse acquise au fil des combats. Jill Scott s’adresse « à qui de droit » à celles et ceux qui doutent. L’album fonctionne comme un manuel d’élévation personnelle simplement nourri par l’expérience. Le disque respire. Basse live en avant, batterie ample, claviers chaleureux, cuivres lumineux : la production privilégie la chair des instruments. Sur Be Great, l’injonction devient célébration. Les cuivres de Trombone Shorty embrasent le morceau et transforment l’hymne à l’estime de soi en déferlante soul. Pressha resserre l’atmosphère. Ligne de basse hypnotique, texte incisif : elle y dissèque les normes, les carcans esthétiques et sociaux, et rappelle que la liberté commence par le refus de plier. À l’inverse, Liftin’ Me Up ouvre l’espace. Les harmonies s’élèvent, la voix presque gospel. C’est sans doute le cœur spirituel du disque, celui où la vulnérabilité devient force. Puis Right Here Right Now fait basculer l’ensemble vers un disco-funk irradiant. Groove bondissant, hédonisme assumé : Jill Scott y célèbre le présent, le corps, la longévité. Elle est toujours là. To Whom This May Concern est un album de cohérence et de transmission. Il synthétise vingt-cinq ans de carrière en un son ample, collaboratif, profondément vivant. Jill Scott approfondit son identité et rappelle qu’être « great », c’est d’abord rester fidèle à sa propre voix. (LFC)
To Whom This May Concern est disponible via Blues Babe Records/Human Re Sources/The Orchard.
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