Une fois encore, Rock en Seine aura tenu toutes ses promesses. Une affluence record avec plus de 110.000 festivaliers, des concerts magistraux, une ambiance agréable, un temps radieux. En somme, une très belle édition.

La partie n’était pourtant pas jouée ce vendredi 25 août. Des trombes d’eau s’abattent sur l’Île de France depuis le petit matin et le ciel orageux apporte son lot de tension. Mais aux abords du coup d’envoi du plus grand festival de la région, le temps se calme et la température s’enveloppe de quelques degrés centigrades de plus. Après l’ouverture des hostilités par Frank Carter & The Rattlesnakes sur la Grande Scène et de Inuït sur celle de l’Industrie, dans le Bosquet les deux trublions Caballero & Jean Jass échauffent le public déjà massés dans le parc de Saint-Cloud. L’espoir Témé Tan quant à lui devait nous gratifier d’un set intimiste sur une scène non moins intimiste : La Firestone (il jouera finalement dans le Bosquet). La marque américaine de pneus, en pleine tournée promotionnelle nous propose leur Music Tour avec une scène, minuscule il faut le dire, nichée au cœur d’un camion. On y verra le même jour le groupe normand Cannibale, signé sur Born Bad Records et si affamé par son repas post-set qu’il ratera l’interview prévue avec notre média. Nos autres surprises (bonnes ou mauvaises, qu’importe) de la journée se nommeront The Pharcyde qui a 40 ans passés sont toujours aussi dingos sur scène et volubiles dans leur flow, Hercules and Love Affair distillant toujours aussi bien leur amour inconditionnel de la house et le petit dernier du rap game, Josman, qui nous a flambé la tente Île de France en moins de temps qu’il n’en faut pour craquer l’allumette sur un bidon d’essence. Vendredi, tout est fini.

Un samedi plus qu’ensoleillé nous oblige à se précipiter au plus vite vers Saint-Cloud dans l’espoir d’arriver à temps pour Band of Horses. La formation américaine, ayant passé le cap des dix ans d’existence, ne faillit pas à sa réputation et illumine de son aura la Grande Scène. Les revenants de Girls in Hawaii (en interview dans notre prochain numéro) venus présenter leur dernier album, Nocturne, font couler un flow de guitares reverb sur la scène de la Cascade. On ne pense pas se mouiller en disant que c’est l’un de leurs meilleurs albums. Mais pas le temps pour les jeux de mots, une oreille tendue pour entendre la pop punchy de Jain qui émane de la Grande Scène, nos jambes nous amènent en trottinant vers la scène du Bosquet ou le groupe Her s’apprête à donner son premier concert depuis la tragique disparation de l’un de ses leaders, Simon Carpentier. L’émotion première fait face à la célébration de la vie, et malgré quelques trémolos dans la voix de Victor Solf, la formation nous offre le plus beau moment du festival, une silhouette de Simon, poing levé lors d’un concert, projeté derrière le groupe.


Her – Five Minutes @ Rock En Seine 2017

Le dilemme approche, repoussé par le concert de Vince Staples, seul en scène mais si charismatique, rappant ses textes sur ses versions studio sur la scène de l’Industrie. Un set expédié et nous voilà face au dilemme : la jeunesse ou la sagesse ? le rap sous auto-tune ou la funk symphonique ? Columbine ou Lee Fields & The Expressions ? On s’échinera à voir les deux, tant bien que mal. Les deux enfants terribles Foda C et Lujipeka, l’un en pyjama, l’autre en salopette sur un maillot du défenseur de la Juventus, nous entonne leurs meilleurs morceaux et affolent la foule. Lee Fields, en veste à paillettes dorées nous enveloppe de son feeling (We feel it too Lee !). Difficile après tant de classe de redescendre sur Terre, ou comment danser sur la musique qui faisait danser nos pères nous rapproche un peu plus d’une béatitude. Éphémère quand derrière nous parvient les guitares vénéres de Frustration, eux aussi sous la bannière Born Bad. Pour clôturer ce samedi, notre choix se portera sur la lucidité punk de Sleaford Mods plutôt que sur l’électro cheesy du caennais Fakear, excusez nous.

Dimanche, sainte journée! Rendez-vous avec l’apothéose d’un festival qui nous aura déjà comblé il faut l’avouer. Et qui dit rendez-vous dit Rendez-Vous, la formation parisienne new-wave nous émoustille d’entrée de jeu et place nos petits corps fatigués dans une transe qui nous mènera successivement hocher de la tête devant le flamand Roméo Elvis, sauter a à pieds joints devant Denzel Curry, pleurer de concert avec Mac Demarco et sa bouteille de vin. On ira s’asseoir dans le Bosquet écouter les élucubrations irlandaises de Rejjie Snow avant de fumer un joint avec les monumentaux Cypress Hill. La Firestone aura au moins eu le mérite d’accueillir le moustachu le plus en vue du moment, pour sa bande son du film primé « 120 battements par minute » : l’homme machine Arnaud Rebotini. Ni une ni deux, on s’échappera en cosmos à la tombée du jour devant l’amoureux du public, Rone, et on ira trépigner d’impatience en attendant le vrai rendez-vous du soir : les britanniques de The XX pour le meilleur concert que la Grande Scène du parc de Saint Cloud aura porté. Toute cette classe, c’était parfait. Merci Rock en Seine, à l’année prochaine. C’est promis !

Photo Victor Picon