blond1 Focus, News   |  11 Jan 2017 à 15:36

Ces blondes qui nous obsèdent

Qu’elles soient actrices, mannequins ou princesses, mortes ou vivantes, les blondes fascinent. Pourquoi elles plutôt que les autres ? Comment une simple couleur de cheveux peut déchaîner les passions, faire et défaire des carrières ? De l’Antiquité grecque à Hillary Clinton, une histoire de blonde pas si simple à comprendre.

Quentin Adler

Déjà petit, j’étais obsédé par les blondes. J’admirais Marilyn Monroe (au grand dam de ma mère, plutôt Audrey Hepburn) et regardais en boucle les VHS de Psychose ou Les Oiseaux, en admiration devant les beautés glaciales adorées par Hitchcock. Tippi Hedren se débattait avec des corbeaux, mais je n’avais d’yeux que pour ses cheveux et son impeccable chignon. En rentrant de l’école, je me posais avec un bol de céréales devant la télé pour suivre les aventures des maîtres nageuses de Malibu : l’inoubliable C.J Parker immortalisée par Pamela Anderson, l’archétype de la bimbo au cœur tendre (bien au chaud derrière ses implants), la peste Neely Capshaw ou – ma favorite – Summer Quinn. Puis sont arrivées Britney Spears, Christina Aguilera, Mandy Moore et les autres pop-tarts de la fin des années 90. Ravissantes idiotes pour certains, objets de fantasme pour d’autres ou encore signes avant-coureurs de la mort de l’industrie musicale, elles éclipsaient d’un hair flip leurs concurrentes brunes (qui se souvient de Stacie Orrico ?) et squattaient mon discman bien plus régulièrement que Mariah Carey ou les Destiny’s Child.

Vierges peu farouches, bimbos abonnées aux séries B, actrices mythiques, reines de beauté et vraies princesses, ce n’est pas seulement moi que les blondes intriguent. En 1978, c’est Rod Stewart qui leur déclarait son amour dans le titre au nom qui en dit long « Blondes Have More Fun » : « Is it a matter of opinion or just a contradiction, but from where I come from, all the blondes have more fun. » Un torrent de clichés auquel les filles aux cheveux couleur de blé sont bien habituées : pas très malignes, aux mœurs légères, prédisposées à faire la couverture des tabloïds, elles font tourner les têtes partout où elles passent. On en vient à se demander d’où vient cette obsession, qui perdure depuis la nuit des temps. Pour l’écrivain Joanna Pitman, auteur de l’ouvrage Les Blondes – une drôle d’histoire, d’Aphrodite à Madonna -, c’est à la Grèce antique que remonte la fascination des hommes et des femmes pour la blondeur. La déesse de l’amour Aphrodite ensorcelaient les hommes grâce à sa tignasse ensoleillée et poussait certaines femmes à user de diverses concoctions pour obtenir la couleur tant enviée… Les prémisses de la teinture et des standards de beauté inatteignable (encore plus lorsqu’il s’agit d’émuler une déesse.) Graisse de crocodile ou de chèvre, urine d’âne et cendres de hêtre étaient les ingrédients préférés des grecques jusqu’à ce que la toxicité de ces produits ne fasse tomber leur casque d’or, alors souvent remplacé par d’onéreuses perruques.

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C’est aussi à cette époque que la contradiction du cheveu blond apparaît : symbole de pureté et d’innocence, il déchaîne les passions des plus lubriques. Au fil des siècles, la blonde -vraie ou fausse- est tantôt un modèle de vertu, tantôt méprisée et considérée comme la lie de la société. D’un côté Lady Di et Grace Kelly, de l’autre Paris et Courtney. D’un côté Catherine Deneuve dans Les Demoiselles de Rochefort, de l’autre Catherine Deneuve dans Belle de Jour, parce que ce qui interpelle chez la blonde c’est son apparente aisance à naviguer entre plusieurs univers. De l’ado à couettes à la girl next door en passant par la femme fatale, toujours en conservant ce je-ne-sais-quoi qui, au choix, séduit, agace ou amuse. Déjà à la fin du 18ème siècle, Rosalie Duthé, celle qui a popularisé le mythe de la blonde idiote, enflammait la France d’après-Révolution, devenant une des courtisanes les plus prisées de l’aristocratie après avoir passé la majeure partie de sa vie dans un couvent… Sorte de Kim Kardashian de l’époque, elle suscitait autant l’admiration que provoquait la moquerie, inspirant même la pièce de théâtre Les Curiosités de la Foire dans laquelle un personnage caricaturait sa façon de s’exprimer, si particulière, marquée par de très, très longues pauses.

La moquerie, c’est ce qu’ont connu d’autres illustres blondes qui ont tour à tour endossé le rôle du souffre- douleur publique, sur lesquelles on peut se permettre de dire tout et n’importe-quoi alors que d’autres observent en prenant un plaisir un peu sadique. Qu’il s’agisse de Marilyn Monroe et son tragique destin ou de Courtney Love, pour toujours soupçonnée par les fans de Nirvana d’être la cause du suicide de son fameux mari, de Pamela Anderson et sa sex-tape, bien avant que Paris Hilton et Kim aient rendu ça tendance ou encore de Britney, chassée par les paparazzi, mauvaise mère, folle furieuse armée d’un parapluie, on aime les voir péter les plombs. En se cachant les yeux d’une main, on jubile devant les mugshots de Lindsay Lohan (blonde sur 75% d’entre eux), on grimace devant les vidéos d’Anna Nicole Smith grimée en clown et on rit devant les unes des magazines people. Les blondes font vendre, même dans la misère, comme en témoignent les gros titres des journaux dès qu’il arrive quelque chose à une jeune fille aux cheveux d’or, en contraste avec celles qui ont le malheur d’être nées brunes ou rousses (et si en plus elles ne sont pas blanches, alors là c’est un vrai passage aux oubliettes qui leur est réservé.)

Au final, la blonde est innocente, la blonde est folle, la blonde est séductrice, la blonde est idiote. La blonde est tout à la fois et c’est plutôt compliqué de trouver une raison à l’obsession de la société pour elle. Peut-être qu’en fait, elles nous intriguent tant parce qu’elles ne sont jamais là où les attend. Aujourd’hui, loin des chanteuses pop, des playmates et des actrices hollywoodiennes, la blonde est femme politique. Habillée de son tailleur-pantalon et coiffée de son brushing parfait, Hillary Clinton a semé la zizanie dans la politique américaine, tordant le cou aux clichés attachés à sa couleur de cheveux en s’attaquant à son adversaire, l’authentique idiot du village Donald Trump. Elle obsède ses admirateurs et ses détracteurs et déchaîne les passions d’une façon jamais vue auparavant et quinze ans après qu’Elle Woods ait intégré Harvard, c’est la vraie Revanche d’une Blonde qui s’est déroulée sous nos yeux, plus palpitante que n’importe quel récit mythologique mettant en lumière la blonde Aphrodite.


Article originellement publié dans le numéro 50 de Modzik, disponible ici.

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