À tout juste 23 ans et avec seulement quelques singles à son actif, la franco-algérienne Lolo Zouaï séduit des milliers d’aficionados de R’n’B, de New York à Paris. Après avoir fait ses premiers pas sur des petites scènes new-yorkaises, Lolo commence à s’imposer avec des mini-tournées aux États-Unis et outre-Atlantique et fascine grâce à ses mélodies doucereuses, aux tonalités pop mélancoliques et Raï’n’B-isantes. Une artiste qu’on a dans la peau, dès la première écoute. À  suivre de près.

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Tu es actuellement basée à New York et tu chantes souvent en franglais ; quel est ton lien avec Paris et la France ? 

J’ai quitté Paris quand j’avais 3 mois donc je n’ai jamais grandi à Paris. Mes parents ont gagné à la loterie des visas et on est partis vivre à San Francisco. À 19 ans, je suis partie à New York parce que je voulais faire de la musique et je savais que c’était le meilleur endroit, je ne voulais pas aller à Los Angeles parce que c’est trop près de San Francisco et que l’environnement de L.A. est assez superficiel et faux… Je voulais aller vraiment loin, me bousculer un peu moi-même, me donner un défi.

Qu’est-ce que cela t’as fait d’être de retour à Paris pour un concert au Badaboum ?

Je suis très contente, c’est la première fois que je fais un concert à moi seule en France  ! Je suis née à Paris donc j’ai de la famille française qui va venir me voir. J’ai fait le festival We Love Green également pour chanter « Austin Power » avec Myth Syzer. Mais ce concert au Badaboum va être vraiment spécial. J’ai hâte de rencontrer le public français, d’essayer d’établir une véritable connexion avec lui. Beaucoup d’Américains me disent qu’ils souhaitent apprendre le français grâce à mes chansons, j’aimerais bien créer l’effet inverse ici.

Quand est-ce que tu as transformé ta passion musicale en une véritable vocation ? 

Je pense que l’on naît avec une passion pour la musique, que c’est inné. Lorsque j’étais plus jeune, je chantais tout le temps. Je ne voulais pas vraiment aller à l’université, mais j’ai tout de même fait un semestre universitaire dans le  Tennessee pour étudier la musicologie. J’ai compris que ce n’était pas fait pour moi. Je me suis dit que s’il fallait que je paie pour quelque chose, ce ne serait certainement pas pour la musique car je peux en faire moi-même, sans passer par un cursus l’université. Quand j’ai emménagé à New York, j’ai travaillé sur mes premières chansons tout en accumulant les petits boulots, jusqu’au jour où j’en ai eu marre de faire de la restauration… J’ai démissionné et je me suis dit « c’est bon, il faut que je me lance ». 

Ta musique est intense et mélancolique, quel est le fil conducteur de tes paroles de chansons ?

Un peu de tristesse. Je n’arrive pas à écrire quand je suis heureuse. C’est lorsqu’il m’arrive quelque chose de personnel que j’ai envie d’écrire une chanson, lorsque qu’il y a quelque chose qui me bouscule, que je ne peux exprimer que par la musique. Quand je rencontre mes fans, pendant les concerts, beaucoup me disent que telle ou telle chanson les a aidés à surmonter un moment difficile dans leur vie. Je pense qu’on fait quelque chose d’important avec la musique en tant qu’artiste, quelque chose de presque empathique, qui va au-delà de sa propre personne.

Lolo porte un t-shirt Kaporal, une veste matelassée Fendi, ainsi qu’un harnais Philipp Plein et des cuissardes UGG x Y/Project.

Justement, est-ce que tu as des réactions particulières de certains fans par rapport à tes chansons ? 

Oui, je reçois beaucoup de messages ! Un jour, une fille m’a dit qu’elle avait plein de crises d’angoisse et que la seule manière pour elle de se calmer et de sortir de chez elle était d’écouter mes chansons. Ça m’a beaucoup touchée.

Parmi les singles que tu as composés, est-ce qu’il y en un qui te tient tout particulièrement à cœur ? 

Tous  ! Chaque histoire s’est vraiment passée. Par exemple, ma chanson «  High Highs to Low Lows  » reflète le moment qui a changé ma vie, où j’ai décidé que j’allais faire ce métier en tant qu’artiste indépendante, que je n’allais demander de l’aide à personne – sans label, sans manager, toute seule. Les paroles de «  Blue  » me sont venues après une soirée. J’étais au travail, dans les toilettes et je me regardais le miroir  : j’avais les cheveux bleus parce que je les avais teints sur un coup de tête et je me détestais telle quelle ! J’ai commencé à enregistrer les paroles du refrain dans ces toilettes, avec mon téléphone.

Tu dis que tes chansons reflètent ta vraie vie  mais est-ce que tu inventes également des histoires ? 

Je n’invente rien. Dans la vie, il est facile de se cacher, de ne pas être présent, de ne pas être soi-même. Nous sommes constamment connectés à quelque chose d’artificiel : sur nos portables, face à nos ordinateurs. C’est lorsque que je suis sur scène que je suis face à un moment de vérité :  c’est le moment où je suis la plus vraie, le moment où je peux établir une relation non seulement avec moi-même, mais aussi avec les gens qui m’observent et qui m’écoutent.

Est-ce que tu as des petits rituels avant de monter sur scène ?

Justement, avant de monter sur scène, j’aime bien m’isoler, profiter d’un moment de solitude. Je n’aime pas lorsque les gens autour de moi en backstage me demandent si je suis nerveuse (rires). Lorsque je suis toute seule en backstage, je chante, j’écoute des chansons et je ne pense à rien d’autre qu’à la musique, d’ailleurs je ne pense même pas à la scène et au public qui m’attend. Je ne pense à rien. C’est comme si je faisais une sorte de black-out.

Lolo porte une veste Burberry et des cuissardes UGG x Y/Project.

Tu as développé un style musical qui t’est totalement propre avec des influences un peu françaises, un peu américaines, un peu algériennes… Comment mélanges-tu toutes ses cultures? 

Mon père est d’origine algérienne donc j’ai grandi avec du Raï. D’un autre côté, j’écoutais de la chanson française avec ma mère qui est française. Quant à moi, en grandissant à San Francisco, j’ai commencé à m’intéresser au rap, au R’n’B. Les styles musicaux aujourd’hui ne sont pas très originaux et sont souvent répétitifs donc je me suis demandé comment je pouvais composer une musique proche de mes origines, de la personne que je suis  ; une musique qui me ressemble, en somme. Ma musique, c’est moi, dans une seule chanson il y a le mélange de toutes mes cultures. Et en même temps, ma musique est facile à écouter car elle n’est pas conceptuelle.

«  Desert rose  » est une chanson qui a cette touche Raï’n’B qui rend ta musique spéciale, est-ce que tu comptes développer ce style un peu plus ? 

Je ne sais pas trop. À vrai dire, je ne pense pas ma musique comme un concept donc peut-être que je ferai plus de chansons de ce style, peut-être pas  ! Dans «  High Highs to Low Lows  », on pouvait déjà retrouver ce style. Je mélange le français et l’anglais mais je ne parle pas arabe, je ne connais que quelques mots et je ne pense pas être assez calée pour pouvoir inclure plus de paroles arabes dans mes prochaines chansons. «  Desert rose  », c’était un message très personnel que je devais faire passer, je suis super contente de l’avoir fait.

Parles-nous de ta collaboration avec Myth Syzer pour le morceau « Austin Power » sur son album Bisous

Un ami de New York m’a parlé de lui. Je lui ai envoyé un message sur Instagram en lui disant que je faisais de la musique et il m’a répondu qu’on pourrait se rencontrer à Paris la prochaine fois que je venais. Il était cool, on a passé une journée en scooter à Paris et puis je lui ai dit que ça suffisait, qu’il fallait passer aux choses sérieuses et aller bosser en studio (rires). Il m’a présenté ses idées pour «  Austin Power  » et m’a fait comprendre qu’il avait du mal à écrire quelque chose sur cette chanson. Alors je lui ai proposé d’écrire ensemble, je me suis lancée en freestyle, j’ai écrit mon couplet et le refrain. Je me suis dit que ce track pouvait devenir un hit  !

Est-ce que tu as envie de collaborer à nouveau avec Myth Syzer ou avec d’autres artistes francophones ? 

C’est possible… Je commence à connaître beaucoup d’artistes en France mais je n’ai rien de prévu pour l’instant. J’aimerais beaucoup collaborer avec Stromae, c’est un artiste absolument génial.

Que comptes-tu faire une fois de retour aux États-Unis ? 

D’abord, je vais partir en tournée avec Alina Baraz. Ensuite, je pense faire une tournée toute seule et après je vais commencer à travailler sur mon premier album. J’ai tout de même envie d’être l’une des plus grandes stars au monde ! J’ai envie que ma musique touche le plus de gens possible!

Est-ce que tu composes déjà des chansons pour ton premier album ? 

Pour l’instant, je ne fais que des singles, je trouve que cela marche bien ainsi. Mais cet été, je vais me lancer, on va travailler sur les premières chansons avec mon producteur. To be continued

L’interview ainsi que la série mode intégrale sont disponibles dans le MODZIK printemps-été 2018 (n°56), actuellement en kiosques et sur notre e-shop.