Le fantasmagorique Strange Days dans les bacs, découvrez ce qu’en dit son auteur-compositeur belge, An Pierlé. Pour en savoir plus sur cette forte personnalité et son nouvel opus, Modzik s’est rendu à l’Hôtel Alba à Paris. Rencontre avec celle qui sait ce qu’elle veut et où elle va, la tête bien droite sur les épaules et les pieds sur terre, et dont l’intensité de la voix emmène qui le souhaite dans un pays entre rêve et réalité.
Qu’as-tu ressenti une fois ce deuxième album solo terminé ?
Je suis très contente de l’album. Cela faisait quelques années que je voulais me mettre seule au piano. C’était un réel défi pour moi car j’ai toujours écrit avec Koen. La grande question était de savoir comment traduire sur un disque ce que je fais en live. C’est-à-dire la dynamique entre la respiration, le jeu de piano, le chant, le contact avec le public et le fait que tu te laisses emporter par ta musique. Les gens se déplacent pour voir cela. Tous ces détails, cette mise à nu, disparaissent une fois en studio. Mais Koen a été génial à ce niveau-là, il m’a vraiment aidée à mettre ces émotions sur l’album.
Tu as beaucoup joué les chansons de l’album avant de l’enregistrer ?
J’ai fait des try-outs avec un public. Il y en a certaines que je joue depuis des années, comme « Solid Rain », d’autres sont très fraiches, comme « This Burning ».
Qu’entends-tu par « Strange Days » ?
Il y a plein de tensions dans l’air, comme dans ce titre qui a vraiment sa place aujourd’hui. Il est né avant le 21 décembre 2012, la fin du monde. Il représente aussi ma vie. Je ne cherche pas à suivre la hype du moment. « Suburban Sky » évoque des bombardements, « Secret Thoughts » parle des soldats de la première guerre mondiale.
De la lecture de tes titres (« Strange Days », « Heart of Winter », « Winds », « Solid Rain », « Suburban Skies »,…) se dégage une cohérence romantique impressionnante, que l’écoute confirme…
C’est la première fois que je fais un disque aussi cohérent. Je dois cela en partie au choix et à l’ordre des morceaux, un travail ardu qui m’a pris du temps. C’est un disque hyper personnel. Je me fais plaisir. A prendre ou à laisser. Tu aimes ou tu n’aimes pas. Il faut savoir que des albums piano-voix, il y en a très peu, c’est la conclusion que l’on a tirée de nos recherches de son. Tori Amos, Kate Bush, Agnès Obel, tout est arrangé, il y a souvent une batterie, une basse. Les seuls albums piano-voix qui me viennent à l’esprit sont ceux de John Cale ou de Mark Hollis (chanteur et compositeur dans Talk Talk, ndlr). Par contre, la saison du romantique est l’automne, la mienne est le printemps.
En parlant de Mark Hollis, la reprise « Such a Shame » qui figure au beau milieu de tes morceaux est un petit bijou, un bel hommage au groupe Talk Talk. Pourquoi celle-là plus qu’une autre ?
Cette chanson me suit depuis que je suis petite, que ce soit dans les bals en plein air au Sud de la France ou chez mon oncle, très fan aussi. Et puis ma meilleure copine m’a offert des albums de Talk Talk, dont tu écoutes d’abord les tubes et ensuite les morceaux plus mystérieux. Mais cela reste accessible. Mark a une voix superbe. Elbow, Radiohead et bien d’autres connaissent Talk Talk à fond.
Y a-t-il une collaboration artistique que tu rêverais de faire ?
J’aimerais bien écrire des chansons avec Angelo Badalamenti (compositeur attitré des films de David Lynch, ndlr) ou Tim Burton. Je serais contente de faire des collaborations dans le milieu du film. Mon album est très filmique, parce que je visualise toutes les chansons.
La pochette dénote bien de l’univers imagé qui traverse l’album…
Elle est très spéciale. Je ne savais pas quoi faire, mais je ne voulais en tout cas pas une photo de moi, comme la plupart des chanteuses. Un soir, je suis tombée sur le site d’un peintre, Chris Berens (qui a déjà fait la pochette de Debbie Harry, ndlr). Je lui ai écrit un mail spontanément, pour lui demander s’il était d’accord de s’occuper de ma pochette. Il m’a répondu dans les trois jours, disant qu’il n’avait pas beaucoup de temps. Malgré tout, en trois semaines, il a écouté l’album et a peint cette pochette de façon très particulière sur une toile d’1m20 sur 1m20. On y trouve, entre autres détails incroyables, des oiseaux en train de brûler, la tempête, etc. Comme cela rendait moins bien en petit, j’ai décidé qu’il y aurait dans l’album un poster de ce portrait féérique et fantastique.
An Pierlé, Strange Days (Pias)
Par Valentine Croughs
Pour connaitre toute l’actu d’An Pierlé, rendez-vous sur sa page facebook : facebook.com/anpierlemusic
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