Boni et Malaré ont un rêve, faire sortir des musées les toiles des siècles passés pour les transposer sur des vêtements. Il y a deux mois nous nous demandions si la mode était devenue le dixième art aux vues des nombreuses collaborations qui existent entre ces deux secteurs. Si la mode s’invite de plus en plus dans les musées, c’est l’effet inverse que réalise ce duo de créateurs visionnaires. Avec des coupes empreintes au streetwear, les oeuvres d’art sont remises au goût du jour pour un résultat transcendant. Rencontre.

Racontez nous un peu, pourquoi avoir créé Noir Noir ? 

Notre but, c’est d’amplifier le sentiment que tu as quand tu vois La dame à la licorne, on souhaite vraiment la sublimer. Les gens ne vont plus trop dans les musées, on veut montrer que l’art ancien, c’est vraiment la base de tout, c’était l’âge d’or je trouve. Les gens se laissaient le temps pour la création, pour réaliser une tapisserie il fallait facilement 50 ans.

Il y a même un aspect pédagogique dans nos créations, il y a toujours une œuvre qu’on laisse telle qu’elle, qui fait un peu office d’introduction à la collection, comme La dame à la licorne, ou Hokusaï. Ensuite pour le reste, c’est des mélanges d’œuvres d’une même époque, d’un même pays, voir d’un même continent.

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@_NoirNoir

Après les tapisseries médiévales, et les estampes japonaises, avez-vous déjà une idée pour votre prochaine collection ? 

L’année prochaine se sera les miniatures indiennes, c’est inconnu en France et pourtant, c’est hyper puissant graphiquement, et toujours moderne.

Vous semblez très attaché à l’art ancien, êtes-vous également proche de l’art contemporain ?

On a trouvé des artistes contemporains qui nous conviennent et qui sont un peu dans la même démarche que nous, par exemple Faig Ahmed, un artiste iranien qui détisse des tapis persans et les retisse sous une forme moderne. Il y aussi l’illustratrice Ines Longevial qu’on aime beaucoup avec qui on va collaborer sous peu. On est ouvert à l’art contemporain, mais beaucoup plus sélectif. En plus, il faut qu’ils acceptent de travailler avec nous.

Comment choisissez-vous les mouvements artistiques pour concevoir vos collections ? 

Pour la collection “médiévale” on est parti de la base locale, en France c’est plutôt les tapisseries. En fait, si tu regardes bien tous les continents ont connu une période d’art naïf, hyper figuratif, et impactant. Presque premier degré même si ça racontait tout autre chose. On s’est rendu compte que tous les arts premiers étaient finalement très proches, mais toujours avec une approche locale.

Et puis, à force de travailler ensemble il y a une sorte de grille qui s’est formée naturellement, notre œil s’est aiguisé dans un sens commun. Ce qu’on recherche avant toute chose c’est l’impact visuel, quelque chose qui attrape directement l’œil. Mais, on ne veut pas que ce soit trop compliqué, trop fourni, et que ce soit finalement impossible à porter.

On travaille vraiment en binôme, quand l’un d’entre nous découvre quelque chose, il le partage à l’autre, et on se retrouve assez rapidement. Souvent ça part d’un coup de cœur, puis il y a un gros travail de recherche. On effectue un travail graphique autour de l’oeuvre, pour savoir comment on va se la réapproprier, comment jouer avec la colorimétrie pour que ça reste toujours portable.

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Est-ce que vous avez des courants artistiques que vous appréciez particulièrement ? 

On n’a pas de préférence parce qu’on n’est pas encore assez érudit en la matière. C’est presque de la philosophie l’histoire de l’art si tu regardes bien.

Et pour la suite, vous songez à évoluer vers la couture ou plutôt rester dans le prêt-à-porter ? 

On vient du streetswear, et on a toujours une influence la dedans, mais on n’est pas fermé. Cela dit, on n’a pas encore l’ambition de se dire “on veut être une marque de luxe”. On veut continuer à faire des vêtements portables.  Le streetswear c’est là où on se positionne de par nos goûts, nos influences.

Est-ce qu’il y a tout de même des créateurs qui vous inspirent ? 

Tous les vêtements dans les Mangas sont très bien dessinés, ils ont une approche très streetswear (rires). Sinon, Courrège comme tout le monde aujourd’hui. Helmut Lang et tous les mecs qui ont créé cette fonctionnalité dans le vêtement. Pierre Cardin aussi. J’adore le logo box de Pigalle c’est le meilleur depuis Suprême !

Finalement, les maisons qui nous inspirent le plus ce sont celles du prêt-à-porter qui défilent, ça ne nous inspire pas vraiment parce que vu qu’ils défilent ils font des formes plus compliquées, plus exigeantes. Mais parfois, il y a des prints qui peuvent nous inspirer comme la collection Dolce Gabbana 2013 avec les mosaïques.

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Dolce Gabbana 2013, @mode.arte

Et côté musique, vous écoutez quoi en ce moment ? 

On écoute un peu de tout de l’afro beat, Tony Allen, Roc Marciano, Curren$y est aussi un contemporain hyper fort.

Si tu regardes, le rap est en train de remplacer le rock, dans le train de vie que ça demande d’avoir, ce que ça projette comme image, cet aspect revendicatif qui lui était propre est maintenant gommé parce que ça devient la musique du monde. On pourrait parler quatre heures de l’âge d’or du rap, il reste encore des trucs magnifiques actuellement mais ça va finir comme le jazz qui était hyper revendicatif à l’époque, diffusé dans des lieux interdits, les speakeasy, et maintenant c’est devenu la musique d’ascenseur. Le rap est en train de suivre le même chemin.

La musique c’est un peu comme dans la mode, il y a toujours des puristes qui vont écouter que du rap, tous ceux qui écoutent que de la nouveauté, mais il faut savoir prendre le bon partout, c’est comme être entre Courrège et Pigalle. C’est pas parce que tu écoutes que des mecs qui rap sur des instrus à sample que tu rejettes Young Tugh, et vice-versa. Dans la musique électronique c’est pareil, même dans le jazz, ou la musique de film…

Je peux très bien écouter Drake ou le nouveau Rihanna, comprendre les influences qui ont été utilisées. Même d’un point de vu sociologique ou même économique, voir comment Drake va truster l’influence nigérienne, du coup après la musique nigérienne revient à la mode. Même en France il y a des mecs comme MHD qui apparaissent, j’aime essayer de comprendre toute ces ramifications, je pense que c’est nécessaire aujourd’hui pour faire un art quelconque. Comprendre les liens qui existent entre toutes ces cultures, parce que le monde est en train de rétrécir et pour se positionner avec intelligence, il faut comprendre ces choses la. Il faut comprendre ce que tu aimes, mais aussi pourquoi tu l’aimes. De te forger des goûts propres. Le public est de plus en plus vulgaire et de moins en moins éduqué. On est passé de Brassens à Benabar ça fait flipper.

“Il faut comprendre ce que tu aimes, mais aussi pourquoi tu l’aimes”

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