houseoftheveryislands-interview-ss17-modzik_cover Interview   |  5 Juil 2016 à 14:52

INTERVIEW : House of the very island’s, révolution des genres

Injectant une bonne dose de streetstyle au traditionnel vestiaire masculin, House of the very island’s propose des collections à l’esthétique genderfluid faisant écho à leurs débuts dans la scène artistique et queer viennoise. Pour le printemps-été 2017, c’est à un mariage entre les années 70 et les années 90 auquel Karin Krapfenbauer et Markus Hausleitner nous invitent. Présentée à Paris lors de la semaine de la mode masculine, cette collection -intitulée ZENTRAL, #6959cd- se joue encore une fois des notions de genre, en accord avec la philosophie du duo : proposer une mode all-sexes plutôt qu’unisexe, casual et avant-gardiste à la fois. Rencontre.

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Au départ, vous étiez quatre artistes explorant différentes formes d’art. Comment vous êtes-vous connus et qu’est-ce qui vous a finalement poussé à vous concentrer sur la mode en particulier ?
Nous nous sommes rencontrés à l’Université des Arts Appliqués de Vienne. On y apprenait la mode sous la tutelle de Raf Simons. En même temps, nous nous occupions de la galerie auto avec comme objectif d’offrir de la visibilité aux artistes viennois émergeants. C’est dans cette galerie que se sont ensuite installés les premiers locaux de notre marque. Il y a de vraies connexions entre la mode, les performances, les installations artistiques et la photographie et c’est ce qui a défini notre approche. Par la suite, Jakob Lena Knebl a décidé de se concentrer sur son art et Martin Sulzbacher a reçu une offre d’emploi qu’il ne pouvait pas refuser. C’est alors qu’on a décidé de relancer la marque en se concentrant exclusivement sur la mode masculine.

Le nom complet de votre marque sort de l’ordinaire… Comment vous est-il venu ? On croirait presque lire un cadavre exquis, avec des éléments apportés un peu par tout le monde.
Quatre personnes avec quatre perceptions différentes de la mode, ce n’était pas possible d’englober tous ces éléments en un nom. Chacune de ses parties souligne un des aspects de notre travail :
HOUSE OF : une référence aux maisons de mode et à un de nos films favoris : Paris is Burning.
THE VERY ISLAND’S : individualité
CLUB DIVISION : Joy Division et les clubs
MIDDLESEX : un livre, une région anglaise, une allusion à notre volonté de proposer une mode qui s’adresse à tout le monde
KLASSENKAMPF : parce que la lutte des classes n’est jamais finie
BUT THE QUESTION IS WHERE ARE YOU, NOW? : toujours repenser ses positions. La mode n’est pas une entité fermée, mais une partie vitale de la société, la politique, la culture.

Quels créateurs vous inspirent ?
Nous adorons Rei Kawakubo et Maison Martin Margiela. Aussi, Rudi Gernreich pour son approche radicale.

La mode est un peu bousculée ces derniers temps. De plus en plus de marques mélangent les défilés homme et femme, le concept du ready-to-buy fait des vagues… Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?
Nous nous sommes toujours opposés à la division entre le vestiaire masculin et le vestiaire féminin. Si la diversité des genres rentre enfin dans les mœurs, c’est génial. Cela ne représente pas seulement une tendance, mais un vrai tournant dans la mode, avec de plus en plus de jeunes marques qui vont dans cette direction.
L’idée du ready-to-buy est liée à la manière dont les réseaux sociaux ont changé la perception d’une industrie. Tout le monde peut voir les collections juste après leur lancement, suivre des défilés, parfois en temps réel. D’attendre six mois avant de vendre une collection, c’est complètement désuet. Par contre, au niveau de la production cela représente un gros challenge, surtout pour des marques indépendantes.

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Vos vêtements sont unisexes, mais on y décèle une forte influence du menswear, que vous recréez à votre manière. Qu’est-ce qui vous intéresse dans la mode masculine ?
Les détails, la fonctionnalité, les finitions. Beaucoup d’éléments du vestiaire masculin sont iconiques, faciles à reconnaître. C’est tentant de les retravailler. Et puis, il y a aussi les superbes matières utilisées traditionnellement dans la création de costumes masculins.

Vous n’avez jamais voulu créer des vêtements qui s’adressent clairement aux différents genres ? Quelle est la différence entre créer de la mode unisexe et du prêt-à-porter pour femme ou pour homme ?
Une chose sur laquelle nous étions tous en accord à la création de la marque est que séparer la mode par genres est ennuyeux, conservateur, forcé. Mais parler de mode unisexe évoque une image plus uniforme et décontractée que nos créations le sont vraiment. Ce que l’on fait est ouvert à toutes interprétations, pas seulement à ranger dans une case « homme » ou une case « femme. »

Il y a quelques années, vous avez pris la décision de présenter vos collections durant la semaine de la mode masculine, plutôt que féminine. Pourquoi ?
C’était une décision pragmatique. Notre concept de tailored-street style s’inscrit plus facilement dans le contexte de la mode pour hommes.

Votre collection Printemps-été 2017, ZENTRAL, #6959cd est influencée autant par les années 70 que par les années 90. Qu’est-ce qui vous a inspiré dans ces deux décennies ?  
Ce ne sont pas les deux décades en elles-mêmes qui nous ont intéressé, mais comment les années 90 référencent les années 70. Cette double interprétation est cruciale dans la mode contemporaine, elle détruit en quelque sorte l’image authentique d’une décennie. Les années 70 sont intéressantes parce qu’elles ont produit des images qui brouillaient déjà la notion de genres. Les années 90, elles, étaient plus glossy, apolitique, tout cela avec une approche minimale qui a une grande influence sur notre esthétique.

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Vous utilisez des matières écologiques et issues du commerce équitable, pas forcément comme un discours politique, mais comme un choix esthétique. Qu’est-ce qui les rend si spéciales?
Leur sensation au toucher, la façon dont elles se drapent autour du corps, leur qualité…

Pour présenter votre collection d’une manière unique, vous avez collaboré avec l’artiste Raffael Miribung. Comment l’avez-vous rencontré ? Qu’est-ce qui, dans son œuvre, vous a donné envie de travailler avec lui ?
Markus l’a rencontré il y a quelques temps dans son bar favori. Ils ont déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises : lorsque Markus mixe, Raffael s’occupe des visuels. Il réalise des cartographies 3D et cela nous a vraiment intéressé, c’est pour cela qu’on lui a demandé d’intégrer House of the very island’s dans un de ses mondes virtuels.

Qu’est-ce que vous pouvez nous dire à propos de la mode viennoise et de la scène culturelle en général ? 
Avec des créateurs comme Wendy & Jim ou Fabrics Interseason, la mode viennoise a toujours eu une affinité pour le conceptuel, l’artistique. Il y a aussi le TAKE – Festival for Independent Fashion and Arts qui a eu lieu pour la première fois cette année et tente de rassembler les beaux-arts et la mode.
La scène queer est, elle, bien établie. De la scène burlesque féministe aux installations dérangeantes de Jakob Lena Knebl, qui explorent les notions conventionnelles du corps, de l’identité et font tomber les murs de l’art et du design.

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Markus est également musicien. Comment expliquez-vous le lien très fort qui existe entre la musique et la mode ?
Le lien entre la mode et la musique est un lien personnel. Nous sommes toujours à la recherche de quelque chose de nouveau et d’excitant, que ce soit au niveau sonore ou visuel. Lorsque l’on commence à travailler sur une collection, automatiquement une bande-son se forme dans nos têtes. Cette saison, c’était beaucoup de musique électronique des années 70. Des groupes come Tangerine Dream, Cluster ou Neu!, qui ont fini par faire partie de notre présentation parisienne.

Si vous pouviez choisir une personne pour porter vos vêtements, de qui s’agirait-il ?
Mykki Blanco.

Si je vous demandais « Where are you now? », que me répondriez-vous?
Dans le palais de nos souvenirs, à la recherche de nouvelles bandes-son.
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houseofthe.com

Crédit Images : Christian Benesch

 

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